Les auteurs du nouveau programme de première oublient que l’objectif des sciences économiques et sociales n’est pas uniquement, ni même essentiellement, de préparer à l’enseignement supérieur. C’est de donner aux Français les clefs pour comprendre le monde dans lequel ils vivent.
Après le tollé suscité par le projet de programme d’initiation économique et sociale en classe de seconde, le projet de programme de première publié la semaine dernière suscite également les protestations de l’association des professeurs de cette discipline, l’Apses, qui considère qu’il en dénature le contenu et les objectifs. Qu’en est-il ?
Les Sciences économiques et sociales sont une discipline qui dérange. Leur défaut est de traiter de sujets politiquement sensibles : parler de socialisation conduit à s’interroger sur la délinquance et les moyens de lutter contre, parler de libre-échange conduit à parler des délocalisations, etc. Parler d’entreprise, c’est décrire comment on produit et met sur le marché des biens et des services, mais c’est aussi analyser l’organisation du travail, la structure des revenus. C’est parler de coopération, mais aussi de conflits. Pour certains milieux patronaux, qui rêvent d’une école qui parlerait du monde non pas tel qu’il est mais tel qu’ils voudraient qu’il soit, c’est sans doute insupportable.
