Des milliers de citoyennes et citoyens internautes ont répondu à la suggestion d’Eric Cantona de sortir leur argent des banques. Ils ont ainsi fait la démonstration du refus d’un nombre croissant de françaises et de français d’un système qui spolie la majorité d’entre nous. Les plus pauvres, les exclus bancaires, en sont les premières victimes, économiquement assassinés.
Quelles solutions, quelles innovations pour sortir de ce système qui met à mal toutes les économies et tous les peuples européens ? Faut-il « changer de banque », comme certains le préconisent pour aller dans des banques « éthiques » ?
La France connait une situation originale : 60% des dépôts de nos concitoyens (57 millions de comptes bancaires) sont placés dans des banques coopératives ou mutuelles. Dans ces banques coopératives et mutualistes, actrices de l’économie sociale, chaque sociétaire (tout client muni d’une part sociale) a le droit de vote (une personne = une voix) quel que soit son apport en capital. Il a le droit de participer à l’élection des instances de direction, de déposer des résolutions lors des assemblées générales, de se porter candidat au conseil d’administration de sa caisse locale, voire de la représenter dans les instances régionales et nationales.
Mais la réalité est aujourd’hui différente : simulacres de démocratie dans les assemblées générales, cooptation plutôt qu’élections aux conseils d’administration… La plupart de ces banques mutualistes et coopératives ont trempé comme les autres banques dans le grand bain des dérives financières : Dès 2004, les Caisses d’Epargne puis leur filiale Natixis se sont lancés dans l’aventure des subprimes aux Etats Unis. Les banques françaises sont engagées dans la crise grecque (53 milliards €) dont 30 milliards pour le Crédit Agricole [1] qui apparait aussi dans la crise Irlandaise. Soyons rassurés, selon le gouverneur de la Banque de France auditionné à l’Assemblée nationale, l’exposition des banques françaises en Irlande est "limitée". Restons étonnés qu’il n’ait pu donner de chiffres précis. Le Crédit Mutuel a su se préserver de ces dérives, mais est aujourd’hui propriétaire d’un groupe de presse qui couvre l’Est de la France de l’Alsace à Rhône Alpes. Les Banques Populaires, en 2007, ont acheté Foncia, valorisée à 1,3 milliards, 3 fois le chiffre d’affaire, 31 fois le résultat net annuel. Aujourd’hui cet actif est valorisé par les analystes à environ 500 millions d’€. Quelle future addition pour les sociétaires ? Comment ont été consultés les sociétaires de ces banques sur ces stratégies qui coutent des milliards ?
Quelle responsabilité des élus représentant les sociétaires ?
Le Crédit coopératif, actionnaire de Banque Populaire – Caisse Epargne, cogère la carte de crédit Leclerc (banque Edel). Plus éthique il ne répond pas toujours présent aux demandes de financement de ceux qui veulent créer ou développer leur entreprise.
Nationaliser ces banques ? Obtenir qu’elles respectent leurs valeurs fondatrices et novatrices, et des pratiques démocratiques ?
Changer de banques ou changer « la banque » ?
Ces banques, ainsi que la Banque Postale et la Caisse des dépôts pilotées et contrôlées démocratiquement par les citoyens sur de nouveaux critères de gestion sociaux et écologiques apporteraient une autre efficacité à notre économie : des emplois utiles dans la production et les services, la construction de logements écologiques, des transports collectifs, des services publics développés et modernisés… Aujourd’hui de tous horizons des voix affirment qu’il est urgent de transformer le système bancaire pour contribuer à résoudre la crise financière. Une telle transformation est un élément fondateur d’une économie alternative. Pour se réapproprier les banques mutualistes et coopératives dans lesquelles ils déposent leur argent, les sociétaires, citoyennes et citoyens doivent être soutenus par une volonté politique.
Nous mettons en débats dix propositions pour démocratiser « la banque ». Quelques exemples :
« Référendums » pour décider des grandes orientations stratégiques
– Observatoires de la gouvernance
– Assemblées Générales démocratique : informations obligatoires , élections démocratiques (listes déclarées - professions de foi)
Financement vers une économie équitable : pourcentage obligatoire d’investissements sociaux, solidaires, équitables et du logement social
– Gouvernance : application de la loi NRE (loi d’information citoyenne), limitations à 2 mandats électifs et 2 mandats représentatifs, limitation et non cumul des rémunérations, parité.
« Ap2E - Agir Pour une Economie Equitable » qui a vocation à créer des outils pour le développement d’une économie équitable, lancera début 2011 sa troisième campagne « pour que les sociétaires participent activement à leurs assemblées générales bancaires ». Ce sera l’occasion pour les clients sociétaires, les élus dans les territoires d’intervenir pour contribuer à la transformation démocratique de notre économie
Sylvie Mayer - Jean Pierre Caldier
