Conférence sociale - Discours de Philippe Louis, Président confédéral de la CFTC au Président de la République

Confédération Française des Travailleurs Chrétiens
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Publié le mercredi 9 juillet 2014

« Monsieur le président de la République,
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Mesdames, Messieurs,

La préoccupation première de nos concitoyens est à n’en pas douter l’emploi, leur emploi mais aussi celui de leurs proches. Partant de là, il est de notre devoir de tout mettre en œuvre pour répondre à cette attente. Vous considérez, Monsieur le président de la République, que c’est en favorisant la reconstitution des marges des entreprises qu’on relancera la croissance et donc l’emploi. C’’est une option parmi d’autres. En cette matière, la CFTC considère qu’il n’y a pas, à priori, de bonnes ou mauvaises politiques mais des politiques qui produisent ou pas des résultats. Et ce qu’attendent les français, c’est la création d’emploi en nombre et en qualité pour demain, ou pour plus tard si les entreprises investissent judicieusement. La CFTC a décidé de vous suivre et d’accepter l’option de la baisse du coût du travail comme levier de relance de l’activité et de l’emploi, mais la CFTC veillera, via ses militants en entreprise, à évaluer les résultats de cette politique. Elle n’hésitera pas à en défendre une autre, si ces derniers ne sont pas à la hauteur des attentes et de l’urgence.

C’est dans cet état d’esprit que nous avons participé à la négociation du pacte de responsabilité qui a abouti à un relevé de conclusion que nous avons décidé de signer. La mise en œuvre de ce relevé de conclusion implique un dialogue social franc, sincère et respectueux de tous les interlocuteurs, et nous estimons que notre signature nous engage.

Nous avons commencé, dès la signature du texte, à réunir, équiper, outiller nos négociateurs dans les branches et les entreprises. Mais force est de constater que les discussions dans les branches peinent à démarrer et à se concrétiser, même si le travail est bien engagé dans quelques branches. Pour la CFTC, ces négociations doivent être l’occasion de la relance du dialogue social dans toutes les branches.

Les salariés ont des demandes fortes à faire valoir concernant le pouvoir d’achat, l’égalité salariale femme-homme, les conditions de travail, la formation, le déroulement de carrière. Mais ils sont aussi très attachés à la lutte contre la paupérisation de notre société, à une protection sociale efficace et à des services publics de qualité. Les négociations doivent tenir compte de ces aspirations, ne décevons pas nos concitoyens.

Alors que les salariés ont aujourd’hui le sentiment d’avoir fait les efforts demandés, il ne faudrait pas que comme seule réponse, on leurs demande encore un peu plus de flexibilité (révision des seuils sociaux, simplification du code du travail, baisse des charges...)

Le sentiment des salariés, c’est que la flexibilité, c’est toujours pour aujourd’hui, alors que la sécurité elle, est comme la ligne d’horizon : plus on croit s’en approcher, plus elle semble s’éloigner. Si chacun campe sur ses revendications et refuse de faire un pas vers l’autre, nous courons à la catastrophe. Il faut une sacrée dose d’optimisme pour rester réformiste dans ce contexte. La CFTC est prête à avancer pour aboutir à des accords équilibrés. Mais si elle se retrouve face à un mur, si en contrepartie de nouvelles concessions que la CFTC est prête à étudier, les salariés n’obtiennent pas de garanties nouvelles alors, les militants de la CFTC pourraient bien ne plus suivre.

Des solutions existent pour sortir de ce dialogue de sourds. Certains disent qu’une conférence sociale tous les ans, c’est trop, d’autres prétendent que ce n’est pas assez. Le problème, ce ne sont pas les conférences sociales, mais ce qui se passe - ou plutôt ne se passe pas - entre deux conférences. Aujourd’hui, nous avons l’impression que les décisions présentées dans les discours de clôture du Premier ministre et intégrées ensuite dans la feuille de route ne sont pas toujours suivies d’effets et ne font pas l’objet d’évaluation. Il en résulte que les conférences sociales peuvent donner l’impression de n’être que des opérations de communication. C’est injuste, car ces conférences sont l’occasion de montrer le vrai visage du dialogue social.

Je nous invite à réfléchir sur la méthode qui prévaut dans le dialogue social interprofessionnel, notre méthode ne manque-t-elle pas de rigueur ? Regardons la réalité en face : aujourd’hui, c’est devant les tribunaux qu’on discute de la loyauté d’une négociation. Nous devons prendre des dispositions pour nous organiser.

Lors de la conférence sociale de 2012, la CFTC prônait la création d’une instance paritaire de dialogue social. Cette structure permettrait d’organiser en commun les travaux liés à la négociation, comme c’est l’usage dans les pays européens où le dialogue social et la recherche du consensus sont très présents.

Nous vivons une période de transition écologique, énergétique, démographique ; la France de demain ne ressemblera en rien à la France d’aujourd’hui, et encore moins à celle d’hier. Je pense que nous faisons tous, ici, la même analyse, même si nous la nommons différemment : France 2020, pour les uns, la France dans dix ans pour les autres, d’autres encore travaillent sur des filières d’avenir... Nous devons faire en sorte que cette France advienne.

Le pacte de responsabilité ne fera pas tout. Nous devons donc veiller à ce que les moyens qu’il offre soient utilisés le plus efficacement possible. Bien sûr, certains de ces moyens permettront de créer des emplois dans des secteurs et des métiers déjà existants, mais pour le reste, nous devons être visionnaires, nous projeter dans l’avenir et susciter des emplois qui répondent aux nouveaux besoins des ménages dont la composition évoluera.

La France compte, par exemple, quinze millions de personnes âgées de 60 ans et plus ; on devrait en recenser vingt millions en 2030. Les plus de 85 ans étaient, en 2011, 1,4 millions ; ils seront 5,4 millions en 2060. De nouveaux services naîtront et des innovations technologiques interviendront ; cela permettra aux personnes âgées de rester le plus longtemps possible à leur domicile en bonne santé, de soulager leurs descendants dans la prise en charge de handicaps plus ou moins lourds, ou encore de faire face à la dépendance...

Ces besoins à satisfaire nécessiteront des créations d’emplois : une étude de la Dares estime que la Silver économie peut entrainer la création de 300 000 emplois nets à l’horizon 2020.

Parmi les secteurs créateurs d’emplois dans la Silver économie, on trouve bien entendu les services à la personne (soins, accompagnement...), mais aussi des emplois dans l’industrie (instruments et appareillage, domotique, dispositifs d’assistance...), les services (vente, installation, maintenance...), le bâtiment (adaptation du bâti existant et des logements), l’informatique, la médecine, la recherche... Notre mission est de promouvoir des emplois de qualité pour les jeunes afin que les personnes âgées puissent prétendre à des services de qualité.

Les marges dégagées par les entreprises via les allègements de cotisations sociales doivent être utilisées dans la recherche et l’innovation et dans la conquête de marchés qui n’existent pas encore, mais que l’on peut percevoir pour peu qu’on soit visionnaires. Un volant d’emplois existe également dans l’économie verte : neuf cents mille à l’horizon 2030, selon certains experts. Osons le développement durable.

Bien évidemment ces évolutions doivent se faire dans le cadre de la concertation avec l’ensemble des partenaires sociaux et dans un cadre réglementé ou l’humain doit être au centre de toutes nos préoccupations.

Vous l’aurez compris Monsieur le Président de la République, la CFTC restera fidèle à son histoire privilégiant la négociation, une approche qui ne conduit pas aux renoncements, mais au contraire à l’ouverture au monde de demain vers lequel la CFTC souhaite accompagner tous les salariés.

Je vous remercie de votre attention. »

Philippe Louis, Président confédéral de la CFTC

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