Continental (Sarreguemines) : Une balle dans le pied gauche ou dans le pied droit ? Ou comment faire un référendum sur un non choix...

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Publié le jeudi 20 décembre 2007

Bien entendu, je ne parle pas du référendum pour le traité constitutionnel européen...

Mais celui qui a été organisé par l’entreprise Continental de Sarreguemines en Moselle.

Les 1.400 salariés de l’usine de pneumatiques Continental à Sarreguemines (Moselle) doivent se prononcer, à partir du dimanche 16 décembre et jusqu’à mardi, sur le paiement d’une partie de leurs RTT et le retour à la semaine de 40 heures, à la demande de la direction qui met en avant la compétitivité de l’entreprise.
"Le personnel sera appelé à se prononcer par référendum sur le rachat de deux à dix jours de RTT payés à 125% et pour effectuer des heures supplémentaires dans le cadre de la loi Tepa" (travail, emploi et pouvoir d’achat), le "paquet fiscal" voté cet été par le Parlement, explique Thierry Thomas, directeur des ressources humaines de Continental. Nouvel Observateur du 16/12/07

D’où mon titre ! Un salarié de l’entreprise peut il vraiment choisir ? Ne posons même pas d’à priori sur la consultation (Modalités de vote, d’information, de concertation préalable, de dialogue social, ...). Restons sur LA question. Le choix était :

Côté directionCôté syndicats

"Il s’agit de revenir aux 40 heures hebdomadaires pour améliorer la productivité du site en travaillant 331 jours dans l’année, contre 325 actuellement, et produire 200.000 pneus de plus à partir de l’année prochaine", ajoute Thierry Thomas. Nouvel Observateur du 16/12/07

Une intersyndicale CGT-CFDT-CFTC constituée au sein de l’entreprise juge, pour sa part, que "le compte n’y est pas". "On veut nous faire travailler le samedi ou le dimanche en été, voire pendant des jours fériés comme le Vendredi Saint ou le lundi de Pentecôte", indique un responsable de la CFTC.
"Ces propositions aboutiraient à augmenter le temps de travail de 7% tandis que la rémunération totale n’augmenterait que de 4%", affirme ce syndicaliste sous le couvert de l’anonymat. Nouvel Observateur du 16/12/07

D’un côté, l’entreprise a des impératifs économiques dans une concurrence mondiale et dure (L’automobile est un secteur difficile avec la concurrence des pays émergents). De l’autre, les salariés qui aspirent à travailler moins pour bénéficier de temps de loisirs et de famille (Dixit un interview télévisé d’un des salariés). Et bien entendu, les salariés ne veulent pas nuire à l’entreprise, et vice versa.

Habituel dialogue de sourds...

Côté directionCôté syndicats

"Nous devons répondre aux demandes de notre direction générale en vue d’accroître le temps d’utilisation des machines sans alourdir les charges fixes", indique Thierry Thomas. Nouvel Observateur du 16/12/07

Pour Daniel Bordonné, "il s’agit là de l’habituel chantage à la baisse des volumes que pourrait ordonner le siège". Nouvel Observateur du 16/12/07

Et pourtant, en regardant de plus près :

Au troisième trimestre, Continental (groupe) a réalisé un bénéfice net de 251 millions d’euros, en hausse de 7% sur un an, tandis que son c.a. s’est monté à 3,9 milliards d’euros, en progression de 5% par rapport au trimestre correspondant en 2006. Nouvel Observateur du 16/12/07

Les actionnaires doivent être satisfaits...

Et donc, les résultats sont tombés !

Les salariés de Continental disent adieu aux 35 heures
Les 1300 salariés du fabricant de pneus pour l’automobile Continental, à Sarreguemines (Moselle) ont accepté à 74,43 % un accord prévoyant un allongement de la durée hebdomaire moyenne du travail en contrepartie d’augmentations de salaires. "C’est un oui franc et massif", se réjouit le directeur du site, François Gérard, qui a soumis le projet par référendum aux salariés, appelés aux urnes au cours des deux derniers jours. Sur 1300 inscrits, il y a eu 1164 votants : 69 % des ouvriers ont validé le projet, plébiscité à hauteur de 96 % dans le collège des employés et des cadres. Libération du 18/12/07

Vote massif + position claire = référendum accepté. La direction peut être contente, à juste titre. Et les syndicats ont entendu :

"On a pris acte que les gens nous disent d’aller négocier", commente Christian Eyen, de la CFTC. Libération du 18/12/07

Tout en précisant que :

Les syndicats attendent notamment des garanties au sujet d’une prime de 600 euros par salarié, ainsi que sur l’embauche d’une cinquantaine de personnes en CDI et sur les investissements qui seront effectués à Sarreguemines pour pérenniser le site. Libération du 18/12/07

Et de conclure non sans humour :

Et ils relèvent aussi qu’à la différence de ce qu’envisage le gouvernement, "le travailler plus pour gagner plus à Sarreguemines ne se fait pas sur la base du volontariat. Même ceux qui ont voté non devront travailler plus". Libération du 18/12/07

Le référendum dans l’entreprise est un outil difficile à manier pour les syndicats, car d’une part, il passe au dessus des instances intermédiaires de discussion, et d’autre part, il entraine une pression par le résultat obtenu. Le parallèle pourrait être fait avec le milieu étudiant (Blocage d’université voté en AG).

La démocratie dans l’entreprise capitaliste est elle légitime quand elle est demandée par la direction, c’est à dire les éléments représentatifs de l’actionnariat ? Peuvent ils prendre réellement en compte les aspirations sociales du salariat ?

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