Dans le contexte actuel, l’économie sociale et solidaire, qui regroupe les mutuelles (de banque et d’assurance), les coopératives (de production et de consommation) et les associations d’intérêt général, prend une valeur particulière. Son poids dans l’économie n’est pas négligeable (environ 2 millions de salariés, soit 10 % de l’emploi). Elle a été moins affectée par la crise que le secteur marchand. Elle met en pratique de manière durable un ensemble de valeurs cohérentes : esprit d’entreprise tourné vers l’intérêt social et visant à couvrir les coûts de production, non à accumuler des profits, recherche d’une gouvernance démocratique indépendante du niveau des apports en capital, principes de gestion éthique, ancrage territorial, mobilisation citoyenne par le recours au bénévolat. Comme le dit Jean- Louis Laville, théoricien de ce secteur, c’est une économie où le lien est aussi important que le bien. D’une certaine façon, tout le programme du développement humain se trouve résumé là. La sobriété créative et solidaire est l’air que l’on y respire, autre manière de parler de l’abondance frugale. Les trois cultures du développement humain y sont pratiquées simultanément, et de manière équilibrée, ce qui n’est pas si fréquent : résistance permanente à la pression du marché ou de l’État, règles du jeu mettant en avant la responsabilité sociale, règles elles-mêmes en permanente adaptation, esprit d’utopie toujours présent pour vaincre l’exclusion et jouer le jeu de la coopération et de la justice plutôt que celui de la compétition et des inégalités.

