Je viens de recevoir une enveloppe à en-tête de la MDPH du Conseil Général dans ma boîte aux lettres. L’évènement est suffisamment rare pour mériter d’être souligné. C’est la réponse effectuée à ma demande de Janvier 2009 de réévaluation de mon handicap. Je commence à lire « nous accordons une réponse favorable à votre demande... » Miracle, je m’en assieds de saisissement et vais quérir mes lunettes sur la table pour mieux apercevoir cette bonne nouvelle. Mais c’est comme les crédits soit disant mirifiques qui possèdent une clause oubliée en tous petits caractères... Le diable est dans les détails.
C’est ainsi qu’il me faut déchanter à la lecture de la phrase suivante : « nous vous accordons un taux d’invalidité supérieur à 50% et inférieur à 80%.... » Ben voyons. On ne le répétera jamais assez. Depuis la loi Raffarin de 2005 sur le Handicap, les plus de 60 ans sont classés en deux catégories : les moins de 80% qui n’ont droit à rien et les 80% et des plumettes qui bénéficient d’une demi-part supplémentaire au titre de l’impôt sur le revenu. J’étais dotée d’un 60% emporté à l’arraché en 2007 après 3 ans de procédure, je suis désormais localisée dans « une tranche » qui se balade quelque part entre 50 et 79%... J’habite dans un flou administratif indéterminé, en sandwich entre deux taquets. Mais je ne joue pas le rôle du jambon, je ne vaux que dalle. J’ai écopé du « sandwich au pain » des malheureux au Resto des sans-coeurs : un vide entre deux tranches.
Si ça se trouve, le curseur est à 51% et mon taux a subi une décrue significative de - 9%... (dans ces conditions, pourquoi écrire « nous vous accordons ».... il serait plus honnête d’indiquer « nous vous refusons »...) Mais mon taux peut aussi avoir grimpé jusqu’à l’extrême bord de 80% sans toutefois l’atteindre, par exemple un petit 79,99%... Un véritable supplice de Tantale qui mourait de soif et dont les lèvres se trouvaient à quelques millimètres d’une source fraîche, qui était tenaillé par la faim et qui apercevait des grappes de raisin super appétissantes à presque portée de bouche. 79,99%... : une véritable « gifle administrative », un supplice chinois apparenté aux « reçus/collés » des étudiants de médecine ayant réussi leurs examens, mais frappés par un « numerus clausus » qui leur interdit d’exercer... Cela veut dire que la procédure juridique de "reconnaissance d’invalidité" que j’ai parcourue étape par étape, depuis 2 ans 1/2 redégringole à nouveau tout en bas de la pente et que je n’ai plus qu’à recommencer tout le parcours depuis le début... Bon courage pour repartir à zéro !
Je suis reçue/collée de la carte d’invalidité à presque ma portée... La MDPH 95 dépense un timbre pour m’indiquer que je bénéficie d’une « absence de carte »... Quelle délicate attention à laquelle je ne peux qu’être ultra-sensible... Surtout qu’il est rajouté un nota bene : "si toutefois votre état de santé s’aggrave, vous pouvez nous adresser une nouvelle demande". Charmant. Vous êtes pas mal malade, mais pas tout à fait assez... Vous tenez encore debout. Mais la prochaine fois, revenez nous voir, quand vous serez à genoux... C’est pour moi une première : je n’avais jamais reçu de lettre de désamour. Juste avant la « lettre-morte », la lettre en refus aggravé... Le contraire de la « carte du Tendre » imaginée au XVIIème siècle par Madeleine de Scudéry : une fantomatique carte du Dur. Remplacez « Billet-doux » et « Jolis-vers » par « Fin-de-non-recevoir » et par « Moche-prose ».
Les temps le sont, en effet. Comme dirait Nietzsche : « l’Etat est le plus froid des monstres froids... » Brrrr...
En attendant de me chercher une petite laine, moi aussi, j’attribue mon chiffrage à la médiocratie administrative. Le vide que mon père chercheur physicien traquait dans son labo : -273, 15 degrés C = le zéro absolu.

