« J’ai mis du temps à avoir l’information qu’on pouvait travailler dans le bâtiment, c’était des années perdues. (...) Pour moi c’est une passion avant tout. » Véronique Mullins décrit le point de départ de son projet par une passion pour les belles choses et le bâtiment, en autodidacte. Auparavant, elle travaillait dans l’animation puis dans le secteur hospitalier. Au cours d’une recherche d’emploi, elle voit une photo dans un journal et c’est un véritable déclic : une femme sculptait la pierre, c’est donc possible, en tant que femme, de mettre en oeuvre un projet professionnel dans le bâtiment. Soutenue ensuite par son agent ANPE, elle se forme à l’AFPA comme tailleur de pierre puis en maçonnerie.
« Quand j’ai fait mon stage, il y avait une autre fille, qui avait fait maçonnerie ; elle m’a dit pourquoi tu te lances pas ? Je lui ai dit tu es folle une femme dans la maçonnerie, je n’y arriverai jamais ! Elle m’a répondu « moi j’y suis arrivée c’est plus comme autrefois, il y a des élévateurs ». J’en ai discuté avec le formateur, il m’a dit : « Je te sens capable de le faire. Si ça t’amène vraiment quelque chose (...) » Depuis toujours je suis manuelle mais à l’époque on n’écoutait pas les enfants ! ».
Au départ, elle se heurte, dans ses recherches d’emploi, au fait d’être une femme sur un secteur masculin : « Chaque fois c’était la porte fermée parce que je suis une femme. C’est un gros problème car dans le bâtiment, de la main-d’oeuvre ils en cherchent. ». De ce fait, elle s’oriente vers le second oeuvre. Elle fait ensuite une nouvelle formation qui lui permet d’aller plus loin dans la connaissance des matières. Elle cherche toujours un employeur qui accepterait de lui laisser tenter sa chance mais les freins restent nombreux. Les employeurs potentiels lui expliquent leurs appréhensions quant à l’ambiance que pourrait provoquer la présence de femmes sur les chantiers, l’absence d’autonomie par rapport à certaines tâches, l’absence de vestiaires... C’est ce qui la conduira à la décision progressive de se mettre à son compte : « Puisque c’est comme ça je vais montrer que je suis capable de travailler ». Le choix de démarrer sécurisé
Elle nourrit le projet de créer son entreprise pour « travailler comme j’aime travailler. Je n’ai pas envie de gagner des milliers, je veux faire des belles choses, transmettre mon savoir, former des jeunes. ». Elle fait le stage création à la chambre des métiers et est également accompagnée par des organismes d’insertion professionnelle (Clef 81). Elle prend contact avec Régate dont elle a entendu parler par l’ANPE. Le cadre sécurisé l’intéresse, mais la coopérative Régabât n’existe pas encore et Régate ne peut accueillir les métiers du bâtiment. Elle n’ose pas se lancer directement et travaille pour des peintres.
« J’avais peur, je me suis retenue. Il me manquait des cartes, comment trouver des clients, faire un devis, gérer ». C’est naturellement qu’elle prendra contact avec Régabât quand elle apprend son existence par l’ANPE. Le principe du test permet de la rassurer dans la mise en oeuvre de son projet. Elle en attend de la tranquillité sur l’aspect gestion afin de se concentrer sur la recherche de clients. «
Ce qui m’angoisse le plus, c’est de trouver des clients : si les patrons ont eu peur, est-ce que les clients ne vont pas avoir peur aussi, et ça c’était un frein. J’ai fait les ateliers, ça m’a donné des éléments que je n’avais pas, ça booste... Là, je suis vraiment soutenue ». A ce jour, dans la recherche de ses premiers clients et l’établissement des devis, Véronique Mullins appréhende progressivement les différents aspects de l’entreprise. Dans son parcours, elle mobilise le réseau des entrepreneurs de Régabât et le cadre coopératif : « Il y a un réseau autour de moi, des compétences, les autres entrepreneurs, pouvoir se passer des chantiers, j’aime la convivialité ».
Pour conclure, elle déplore l’absence d’information sur les possibilités dans le bâtiment quand on est une femme : « Je trouve ça dommage que ça ne soit pas plus valorisé, il y a beaucoup de filles qui seraient intéressées ».
