[Exciusif] Julien Blanchet, Président de la FAGE, répond à nos questions concernant la place de la jeunesse, les agoraé et la génération "quoi"

Fédération des Associations Générales Etudiantes
> [Exciusif] Julien Blanchet, Président de la FAGE, répond à nos questions concernant la place de la jeunesse, les agoraé et la génération "quoi"

Publié le mardi 14 janvier 2014

Ressources Solidaires : Les mutuelles étudiantes l’été dernier attaquées sur leur gestion, le CRIJ de Paris en plan social, l’AFIJ en liquidation judiciaire, quelles interprétations faire de ces événements en lien direct avec la jeunesse ?

Julien Blanchet : Ces événements sont inquiétant pour notre jeunesse mais ils ne peuvent être comparés d’égal à égal puisque soumis à des formes de remise en question différente.

Il y a tout d’abord l’aspect gestionnaire qui est l’élément le plus critiqué au sein des mutuelles étudiantes. Ces dernières n’ont pas su s’adapter aux différentes massifications de l’enseignement supérieur mais aussi à l’évolution des outils technologiques. C’est ce qui a créé entre autres les difficultés de gestion qui ont été pointé à la fois par l’enquête UFC Que choisir, le rapport Sénatorial et le rapport de la cour des comptes.

Cette gestion est à la fois un problème structurelle, à savoir que les conflits politiques internes et le lieu d’expression politique que donne le pouvoir au sein des mutuelles qui nuit à l’objet initial : le service aux étudiants.

De plus, l’aberration de la délégation de service public sur un duopôle concurrentiel en matière de produits privés engendre des difficultés de gestion par non priorisation de l’activité de régime obligatoire.

Enfin, les coûts engendrés par la délégation de service public et les problèmes inhérents à cette dernière, comme la mutation inter régime, créé des surcoûts non forcément compensé par la remise de gestion. Ce manque à gagner des mutuelles étudiantes les empêche d’exercer une activité efficace au détriment de l’objectif initial, le service aux étudiants.

L’actualité récente de l’AFIJ et du CRIJ de Paris n’est pas anodine. Leur situation doit être examinée avec la plus grande prudence, au cas par cas. Il s’agit surtout de ne pas généraliser un cas particulier. Au cours de ces dernières années, il est à noter une évolution du modèle économique de certaines structures à but-lucratif, en particulier les associations. Sous l’effet des politiques de réduction des dépenses publiques, ces dernières ont été contraintes à diversifier leurs financements, voire à restreindre leur périmètre d’activité.

Il convient également de prendre de la hauteur et considérer l’apparition de nouveaux acteurs, d’une part, et le déploiement de nouvelles politiques publiques, d’autre part, dont l’impact s’est fait ressentir sur les acteurs évoqués en préambule. La pertinence de certaines structures s’en est ainsi trouvée amoindrie.

Il faut enfin porter un regard critique sur la gestion de certaines structures de jeunesse telles que les mutuelles étudiantes. Il serait assassin de ne pas remettre en cause certains comportements, qui portent préjudice à l’ensemble d’une population, tout en décrédibilisant d’autres acteurs plus rigoureux.

Ressources Solidaires : La FAGE impulse et accompagne la création des agoraés sur les campus.

Julien Blanchet : Quelles places pour ces initiatives de terrain et de l’ESS dans ces espaces publiques ? Quelles relations avec l’administration ?

La création des AGORAé est une innovation sociale qui peut être abordée sous deux angles : un regard historique d’une part, un regard sociologique d’autre part.

Bien que récentes (la première a ouvert ses portes en 2011), les AGORAé ne sont pas le seul projet étudiant à forte utilité sociale. De tout temps, les associations étudiantes se sont mobilisées pour répondre aux besoins sociaux non (ou mal) satisfaits au sein des campus. Nous leur devons le tutorat par les pairs, les actions d’éducation à la santé, la création de fonds sociaux étudiants, ou plus anciennement la restauration étudiante et le logement universitaire. Il est donc dans l’ADN des associations étudiantes de s’ouvrir à la Cité et construire, avec les pouvoirs publics, la communauté universitaire et les acteurs privés à but non-lucratif, des solutions innovantes et concrètes. Cela ne se fait pas sans difficultés, l’administration étant parfois peut encline à reconnaître le constat de précarité étudiante, voire à coopérer avec des jeunes.

L’autre intérêt des AGORAé tient dans leur capacité à fédérer un large public autour de principes fondateurs : mixité sociale, tolérance, solidarité, participation citoyenne. Les jeunes portant le projet, qu’ils soient bénévoles ou engagés en service civique, y voient une occasion d’être en responsabilité. D’une certaine façon, les AGORAé sont une manière pour le jeune citoyen de se ré-approprier l’espace public et d’avoir une prise sur son environnement. Les initiatives jeunes faisant parfois les frais de préjugés ayant la vie dure, la réussite d’un tel projet en est d’autant plus belle.

Ressources Solidaires : La FAGE est présente aux grands rdv électifs sur les campus. Et depuis longtemps. Comment voyez vous évoluer la conscience de la jeunesse ? La génération "quoi" est elle aussi détachée de la chose publique qu’on le dit ?

Julien Blanchet : Il est inexact d’affirmer que la jeunesse se détourne de la chose publique. Si les jeunes possèdent majoritairement une vraie conscience politique, on peut d’abord noter que c’est bien souvent la politique elle même qui se détache de la jeunesse. Une fois les discours et les promesses passées, force est de constater que les actes ne suivent que très difficilement. Il faut aussi souligner que l’identification des jeunes aux acteurs politiques est difficile. Les jeunes occupent trop peu de postes à responsabilité dans les partis et organisations politiques. Ce constat est d’autant plus vrai en ce qui concerne les jeunes femmes.

L’organisation démocratique des universités et des CROUS peut, elle aussi, être un facteur de désintérêt de la chose politique pour les jeunes. En effet, la place accordée aux étudiants dans la gouvernance de ces établissements reste faible, et a diminuée lors des dernières décennies. Comment, dès lors, peut-on légitimement déplorer un éventuel manque d’intérêt pour la démocratie étudiante ? Pour autant, les étudiants sont les jeunes qui semblent le plus aptes à développer une conscience politique, un intérêt pour la chose publique et à accéder plus naturellement à une citoyenneté active. Il existe une véritable inégalité d’accès à la chose publique qui va de pair avec l’inégalité d’accès à l’information, à la formation, et à l’enseignement.

Ainsi, si les jeunes restent majoritairement sensibilisés à la chose publique, on peut affirmer que le désintérêt porte plus sur les structures, organisation, syndicats et partis qui recueillent de moins en moins la confiance de la jeunesse. L’image du "syndicalisme à papa" et le caractère presque oligarchique de nombreuses organisations politiques sont de réels éléments dissuasifs à l’engagement des jeunes. Parallèlement, ces derniers plébiscitent de plus en plus l’action citoyennes et les nouvelles formes d’engagements, et le mouvement associatif.

Le problème de l’intérêt des jeunes à la vie publique est en ce sens une vraie question qui doit trouver sa réponse non pas dans la stigmatisation des jeunes, puisque ces derniers ont bien souvent un avi à porter, des idées à défendre et la volonté de le faire, mais bien dans la remise en question de l’ensemble des acteurs publics et politiques.

Ressources Solidaires : La montée du FN se traduit aussi par un retour de l’extrèmisme de droite sur les campus. Quelle ambiance sur les campus entre les militants ?

Julien Blanchet : Concernant la montée de l’extrême-droite, il faut d’abord rappeler qu’il n’y a pas d’apparition d’un nouvel électorat à proprement parler. Le contexte actuel est propice à décomplexer les jeunes qui se reconnaissent dans les extrêmes. Ces mouvements tentent en effet de profiter de ce climat propice pour s’installer sur les campus, avec l’aide de groupuscules parfois violents. Si ces cas restent pour le moment marginaux et très loin d’être représentatifs, nous devons nous inquiéter de cette volonté de l’extrême-droite à avoir pignon sur rue dans nos campus. Bien souvent, pour les militants de ces groupuscules, bataille idéologique rime avec affrontement physique. Les exemples ne manquent pas. Prenons garde cependant à ne pas en faire des généralités.

Depuis deux ans, nous constatons que ces groupuscules cherchent à présenter des listes aux élections étudiantes. Ces tentatives se soldent pour l’instant par des échecs systématiques, ce qui prouve que les idées que ces mouvements véhiculent restent marginales.

La FAGE lutte au quotidien sur les campus contre la haine et l’intolérance. Cette lutte prend l’aspect exclusif d’actions d’éducation populaire par les pairs, de promotion des droits et de débat publique. Face au risque de voir un jour, ces mouvements d’extrême-droite s’implanter dans nos universités, nous prenons nos responsabilités, et appelons l’ensemble de la communauté universitaire à continuer à en faire de même.

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