3 questions de Ressources Solidaires à Pascal Priou, Secrétaire national UNSA en charge du Développement, des élections professionnelles et de la communication

Publié le mardi 22 octobre 2013

Ressources Solidaires : L’UNSA fait partie du paysage syndical maintenant depuis plusieurs années. La représentativité nationale n’aboutit pas alors que celle dans certaines branches est présente, et pour certaines au bout du doigt. "Petit poucet" ou "outsider" du syndicalisme français ?

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Pascal Priou : Depuis le 17 février 2013, l’UNSA a 20 ans !!! L’UNSA est donc très jeune sur l’échelle temps du syndicalisme français (CGT est née en 1875, la CFDT en 1964, CFTC en 1919...). La Direction Générale du Travail a communiqué le 29 mars 2013 les résultats nationaux de la représentativité pour les entreprises privées. Il faut savoir que l’UNSA ne peut se présenter librement aux suffrages des salariés dans les entreprises que depuis quatre ans, a obtenu 4,26%. Malgré cela, notre implantation pérenne dans le paysage syndical français est acté.

Les résultats portent sur la période 2008/2012. Pour être représentatif interprofessionnel, il faut réunir deux critères : atteindre la barre des 8% sur l’ensemble des votes exprimés qui sont le recollement des votes DP pour les entreprises de 11 à 49 salariés, le vote CE pour les entreprises de plus de 49 salariés, le vote des 4 600 000 électeurs pour les Très Petites Entreprises et le vote des élections au Chambre d’Agriculture et être représentatif dans deux conventions collectives de chacun des 4 grands secteurs où est réparti l’ensemble les conventions collectives.

L’UNSA est représentative dans 82 conventions collectives. Nous siègerons désormais en situation de négociatrice dans 82 conventions collectives au lieu de 15. Ceci traduit bien la vraie représentativité de l’UNSA, là où elle est présente.

Maintenant c’est un nouveau cycle électoral de quatre ans qui vient de démarrer. La photographie du syndicalisme français en ce 29 mars 2013 n’est qu’un instantané. Les forces se réclamant clairement d’une pratique syndicale réformiste y sont majoritaires. Cela peut constituer un espoir pour les salariés français et pour le dialogue social dans notre pays. C’est pour y contribuer que l’UNSA entend continuer sa progression en se fixant de nouveaux objectifs de développement pour gagner sa représentativité à l’horizon 2017.

Ressources Solidaires : La fin de l’année est marquée dans notre secteur par le projet de loi sur l’ESS du Ministre Hamon. l’UNSA s’est exprimée sur le projet en le soutenant majoritairement, en soulignant des avancées, mais en regrettant le manque d’ambition sur le volet de la qualité des pratiques sociales. L’UNSA et l’ESS, une histoire partagée ? Que souhaite l’UNSA pour l’ESS ?

Pascal Priou : Le projet de loi relatif à l’Economie sociale et solidaire témoigne d’une volonté réelle de développement de l’Economie sociale et solidaire dans notre pays. Pour l’UNSA, ce projet de loi fournit un socle législatif à l’entreprise de l’économie sociale et solidaire et ouvre droit à des financements spécifiques dont ceux de la banque publique d’investissement.

L’UNSA se félicite de l’élargissement des missions du conseil supérieur de l’Economie sociale et solidaire et de sa nouvelle composition qui comprendra les partenaires sociaux. L’UNSA se réjouit également qu’un support législatif soit enfin donné à la définition de la subvention.

Elle constate que la loi prévoit l’information préalable des salariés en cas de transmission d’une entreprise de moins de 250 salariés, ouvrant ainsi la possibilité aux salariés eux-mêmes de formuler une offre éventuelle de reprise. Elle rappelle en effet que, chaque année, 8000 PME employant de 5 à 100 salariés disparaissent faute de repreneur lorsque le chef d’entreprise cherche à céder son activité.

L’UNSA regrette que la proposition de loi ne fasse qu’entériner l’hétérogénéité et les missions des Chambres Régionales de l’Economie sociale et solidaire.

Pour l’UNSA, les entreprises de l’Economie sociale et solidaire, qui portent des valeurs et une vision plus humaine de la société et de l’économie, devraient aussi porter une attention plus soutenue à leurs salariés. Dans ce cadre, l’UNSA regrette que ce projet de loi ne lie pas la qualité d’entreprise de l’Economie sociale et solidaire à des pratiques plus conformes au progrès social pour les salariés : qualité du dialogue social, réductions des écarts de rémunérations, développement des actions de formation professionnelle et des compétences, égalité femmes/hommes…..

Ressources Solidaires : Dans votre quotidien, vous devez rencontrer régulièrement des salariés de l’économie sociale et solidaire. Que lui dites vous pour le convaincre de rejoindre l’UNSA ?

Pascal Priou : Sur un certain nombre de grands sujets, le syndicalisme français est divisé. Cette réalité trouve ses racines dans l’appréciation que les uns et les autres, nous pouvons avoir des réalités économiques et surtout des solutions que nous envisageons pour régler les problèmes. Dans la grande majorité des cas, l’unité syndicale se réalise dans l’opposition. Nous sommes capables de nous retrouver, d’unir nos forces, de trouver des moyens d’agir ensemble pour contrer des projets politiques néfastes. La grande inefficacité syndicale française réside dans notre incapacité à nous rassembler pour promouvoir et assumer ensemble des solutions.

En la matière, la période que nous vivons est particulièrement parlante car elle met en exergue les différences de lignes syndicales quand il faut passer de la contestation aux propositions. À l’UNSA, nous avons soutenu l’idée qu’une démocratie moderne devait aussi être une démocratie sociale qui fonctionne. C’est ce que le gouvernement actuel initie lorsqu’il organise des conférences sociales, des négociations pour que les partenaires sociaux prennent position et s’engagent. Certes le rôle du syndicat devient alors plus compliqué. Chacun sait combien il est plus facile de s’opposer, de dénoncer que de proposer, d’élaborer… pour être un acteur positif et responsable pour les salariés. Avec d’autres, l’UNSA depuis sa création, s’inscrit dans cette lignée des syndicats réformistes qui veulent être combatifs mais surtout efficaces pour régler les problèmes.

Deux exemples récents illustrent bien les clivages actuels. Le débat sur l’accord national interprofessionnel concernant la sécurisation de l’emploi et celui sur les retraites.

L’UNSA a soutenu l’accord sur la sécurisation de l’emploi En effet, ses dispositions prévues mettent la négociation au cœur des relations sociales, octroient des droits nouveaux aux salariés, préservent des emplois et luttent contre la précarité. Cet accord est un compromis, mais, dans un contexte où la priorité à l’emploi affirmée par tous ne se fait pas avec des mots mais avec des actes, il qui permet de sauver des milliers d’emplois. Ceux qui s’y opposent et ne proposent rien ou l’impossible, acceptent, de fait, des milliers de suppressions d’emplois.

Concernant le dossier des retraites, notre ligne syndicale a aussi été responsable. Nous n’acceptons pas de laisser mourir le régime des retraites par répartition en refusant d’aborder la question de son financement. Dire cela, n’est ne capituler sur rien mais bien accepter de rentrer dans le débat pour trouver les solutions les plus justes, les plus pérennes pour que le système perdure à long terme.

Là encore, ceux qui crient déjà au loup, sont dans la posture de ceux qui préfèrent la mort du système plutôt que de s’engager dans une recherche d’un compromis positif pour tous.

A tous, nous disons, la société moderne a besoin d’un syndicalisme moderne, efficace et autonome… c’est le projet de l’UNSA. Avec 7% de syndiqués en France, il existe un espace pour le syndicalisme autrement.

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