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Impossible absence - Qui lancera l’alerte ?

L’absence actuelle de vrai débat public sur la place de l’art et de la culture dans notre société est un symptôme historique extrêmement inquiètant.

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lundi 8 février 2010 , par Michel Jean Laveaud (Arcure)

Relais d’une initiative de Cassandre / Horschamp , article ci-dessous mis sur la toile le 27 janvier 2010 (L’appel à signatures se trouve sous le texte)  [1]

L’absence actuelle de vrai débat public sur la place de l’art et de la culture dans notre société est un symptôme historique extrêmement inquiétant.

Elle annonce, pour la première fois depuis la Libération, le risque d’abandon d’une part fondamentale de l’histoire de notre pays.

Une part de notre histoire dont est issue la valeur accordée aux choses de l’esprit, à travers notre littérature, notre théâtre, les arts et leur circulation, dans la vision du monde que nous partageons et la place que nous avons su leur donner dans notre vie réelle. Cette absence fait planer la menace d’une défaite devant l’invasion délétère de l’esprit marchand imposée par ce que l’on nomme « globalisation ».

Les politiques qui refusent l’ordre néolibéral doivent le comprendre : non seulement la culture - au sens le plus large du mot -, est un enjeu fondamental de civilisation, mais c’est aussi pour eux un atout politique majeur.

Comme le dit le grand dramaturge Edward Bond, « que nous resterait-il aujourd’hui des Grecs s’ils ne nous avaient laissé une philosophie, un théâtre, une mythologie, des temples, des statues ? » Autrement dit un immense arrière-plan artistique et culturel créé à partir d’outils symboliques : une langue, des codes, des signes qui nous relient à une mémoire commune, à une volonté d’être ensemble et de rencontrer l’autre, de se frotter à l’inconnu, qui nous constituent en tant qu’êtres pensant, rêvant, imaginant, désirant, créant, construisant l’improbable avenir.

Ce sont ces outils qui nous permettent de nous penser, de nous ressentir, autrement qu’en tant que consommateurs ou marchands…

Notre histoire récente fut traversée de soubresauts où cette aspiration - ce désir collectif, parfois confus, souvent éclatant et vibrant - s’est manifestée. Des outils ont été construits avec le Conseil National de la Résistance. C’est ce que l’on appelle « le service public de la culture ». Il ne s’agit, en réalité, de rien d’autre que la manifestation concrète, politique, d’une volonté de donner à l’esprit sa vraie valeur dans la collectivité.

Ce service public, qui en France fut incarné par un ministère de la Culture, est en passe d’être démantelé.

Deux événements peu commentés, font figure de symptôme. Au moment précis où plusieurs études alertent sur la désaffection de la lecture parmi les jeunes Français, la direction du Livre du Ministère a été supprimée l’automne dernier ; celles du théâtre, de la musique, de la danse et des arts plastiques ont depuis subi le même sort. Dans le cadre d’une révision générale des politiques publiques qui veut tout soumettre, y compris l’inquantifiable, à la « rationalité économique », l’ensemble des directions artistiques sont réduites à une Direction générale de la création artistique, coincée entre une Direction des patrimoines et celle des médias et des industries culturelles. On peut craindre que l’art ne soit plus la priorité de ce ministère...

La même rationalité économique a présidé aux débats du Forum d’Avignon : « économie et culture », présenté comme un « Davos de la culture ». Le symbole est fort. Au moment où la « crise » prouve l’inanité des dogmes néolibéraux qui dominent l’Europe, la culture devient l’ultime nappe phréatique où puiser, au service d’intérêts qui lui sont totalement étrangers.

Quel crédit porter à une « économie créative » initiée par des dirigeants d’entreprises comme Nicolas Seydoux, Didier Lombard et Axel Ganz ? Que peut véhiculer une telle « culture », réduite et instrumentalisée par les impératifs d’une « économie de la connaissance ? »

Dans l’Europe néolibérale, un faisceau de signes innombrables converge vers la destruction de ce que nous appelons l’humain. Brutalité d’une main, propagande de l’autre, encouragement général à cesser de penser et échanger. Cet encerclement qui concerne tous les aspects de nos vies tend à faire de chacun un individu dénué de sens collectif. On peut s’inquiéter de ce qu’il adviendrait d’une civilisation déjà très altérée par un individualisme stérile, une fois amputée ce qu’il lui reste de capacité à utiliser le symbole comme moyen d’échange et de construction d’une richesse culturelle commune.

À leur échelle, de nombreuses collectivités territoriales, avec des politiques qui prennent en compte différents niveaux de l’action artistique et culturelle et pallient les désengagements de l’État, tentent de résister à ce rouleau-compresseur. Comment pourront-elles agir demain, face à un gouvernement qui risque de les priver de toute marge de manœuvre en leur déniant la compétence culturelle ?

Il est temps de l’affirmer : nous avons ici des valeurs essentielles à défendre et à promouvoir. Ces valeurs, ne doivent pas, sous peine d’effacement, se soumettre à la tyrannie du chiffre. Voici un débat public qui mérite vraiment d’être ouvert ! 27 janvier 2010.

 [2]

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Notes

[1] http://www.hors-champ.org/spip.php?...

[2] NB. Le C.I.C.S.TE Arcure Art. 17 et Les Ateliers d’Algebrista, avec l’attention du témoin et rédacteur de ce transfert sur le Site de Ressources Solidaires, confirment le délitement des politiques culturelles en France avec l’expérience d’une formation au Certificat Européen en Administration et Gestion Culturelles (CEAGC Bruxelles-Delphes 1989 - 1990, Fondation Marcel Hicter pour la Démocratie culturelle Bruxelles, Unesco, CCE d’alors et Conseil de l’Europe, Groupe de travail " Rôle des politiques culturelles dans le développement régional "). Si le désengagement de l’Etat avec l’ouverture au Mécénat d’entreprise et au sponsoring avec les années socialistes ouvrirent grandes les portes à la merchandisation de la culture en même temps que de nombreux équipements publics furent créés, le mal fut bien en amont avec la disjonction entre éducation et culture dans les années 70. Alors que le Conseil National de la Résistance avait pensé l’Education Nationale liée aux politiques culturelles ( voir Travail et Culture puis Peuple & Culture), nous avons en 2010 l’urgente nécessité de relier les savoirs à la décolonisation des imaginaires par un travail critique d’histoire, d’art et de culture. L’industrie culturelle se présente dans la culture au sens anthropologique (tous les savoirs en mouvement) comme des boites de sardines diversement aromatisées dans la biodiversité de la petite (et cependant vaste) Planète bleue. Il n’est pas certain qu’une recomposition du Ministère de la Culture plus lié à l’Education Nationale au sein des Collectivités Territoriales ne puisse pas accoucher d’un mixte sur le modèle allemand des deux quasi mi-temps (mi-temps scolaires formels et mi-temps activités artistiques, culturelles et sportives). En observant attentivement les effets de l’intrusion des TIC et des objets nomades dans les pratiques sociales, l’information, l’orientation et la formation tout au long de la vie se dessinent avec l’urgente nécessité d’une créativité et des pratiques culturelles également non-marchandes. Simple affaire de libertés publiques. Peut-on faire autre chose que produire et consommer, peut-on produire, consommer, avoir conscience de soi et d’autrui autrement ? . L’Economie Sociale et Solidaire est dans la posture ad hoc pour cette remédiation, avec la société civile en rupture avec une soumission volontaire archaïque. Que vive la RELIANCE ! Il faut changer d’ère, donner de l’aire aux sardines et autres espèces animales, ( même supérieures !). La santé ça n’a pas de prix. Merci à Bobby Lapointe !

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