Entretien avec Elsa Fayner, auteure de "Et pourtant je me suis levée tôt…", sur les conditions de travail des salariés précaires. Un univers absurde, aux gratifications irrationnelles, qui ne débouche sur aucune velléité de révolte. 18 juin 2008.
Pendant trois mois, vous avez été télévendeuse dans un centre d’appel, serveuse de hot-dog à la cafétéria d’Ikea et femme de ménage dans un hôtel. Vous en avez fait un livre. Pourquoi avoir choisi de travailler ainsi, en immersion, au côté de jeunes salariés précaires ?
C’était en janvier 2007, la campagne présidentielle avait commencé. Il y avait de gauche à droite, un consensus pour « réhabiliter » le travail et la « valeur travail », pour lutter contre « l’assistanat ». Autour de moi, plusieurs trentenaires voulaient partir travailler à l’étranger. La France était-elle sclérosée ? Y avait-il vraiment des gens démotivés, désincités à travailler ? Pendant la campagne on a aussi beaucoup parlé du SMIC, Nicolas Sarkozy affirmant : « Les classes moyennes sont désincitées à travailler pour gagner à peine plus que le SMIC, qui, lui, augmente chaque année, sans rapport avec les efforts des salariés qui le touchent… ». J’ai voulu aller y voir de plus près. J’ai travaillé en intérim, en CDD puis en CDI, mais toujours pour un SMIC. J’ai d’abord pensé à demander l’autorisation aux entreprises de venir enquêter en leur sein, mais je craignais qu’on ne me montre que ce qu’on voulait bien me montrer. Une série d’entretiens ? Il est souvent difficile de parler de son travail. J’ai donc opté pour l’immersion, en sachant bien sûr qu’il était hors de question de « se mettre dans la peau » de salariés précaires, mais juste de voir sous un autre angle leurs situations.
