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La France associative en mouvement - 9ème édition - Octobre 2011

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jeudi 6 octobre 2011 , par Guillaume Chocteau (Ressources Solidaires)

Alerte 1994 : nom de baptême d’un important collectif inter associatif de réflexion et de lutte contre la précarité, la pauvreté et l’exclusion. Alerte 2011 : ce sont les acteurs de la lutte eux mêmes qui semblent directement touchés, laissant présager une aggravation du sort des populations les plus faibles. Ce que l’on pressentait du désengagement des pouvoirs publics dans certains secteurs, ajouté à la morosité ambiante, commence à faire sentir ses effets délétères sur le mouvement associatif dans son ensemble.

La 9ème livraison de la "France associative en mouvement" en fixe les repères sensibles : essoufflement de la création de nouvelles associations, indicateur névralgique de la réactivité de la société civile ; contraction de l’emploi (26 000 postes perdus depuis la fin de l’été 2010), alors que la vitalité de la création d’emploi dans le secteur associatif avait contribué à amortir le choc d’un sous-emploi chronique ; moral en berne des responsables associatifs qui ne se disent plus si sûrs de leurs projets et craignent manifestement pour l’avenir.

Pour la première fois depuis plusieurs décennies, tous les indices d’une inversion de tendance, et peut-être d’un vrai retournement de l’élan associatif, semblent réunis chez ceux qui s’efforcent encore de maintenir les cadres souvent invisibles d’un vivre ensemble, dans une situation économique et sociale particulièrement dégradée. Le fatalisme gagne les esprits et l’exception associative finirait par plier devant les marchés et les déficits publics. Ce serait de bien mauvais augure pour au moins trois bonnes raisons.

Tout d’abord, plus la conjoncture se détériore et plus les associations sont indispensables et doivent être fortes. En amont, par la prévention, les services aux personnes et les actions de réinsertion au plus près du public. En aval, par le soutien et l’accompagnement de populations toujours plus nombreuses qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, quand elles ne se retrouvent pas aussi dans la rue.

Ensuite, faire des économies sur le social, c’est non seulement se tromper de combat, mais aussi se tromper d’histoire. Le "social" est aujourd’hui au coeur de notre développement : santé, éducation, environnement, réseaux sociaux sont en pleine expansion et préparent la croissance de demain. Les développer plutôt que les étrangler suppose que face aux limites des pouvoirs publics et des marchés, la société civile, avec les associations en première ligne, soit plus impliquée dans la production de biens communs aussi fondamentaux.

Enfin, ni les entreprises ni les marchés ne prospéreront sur un champ de ruines. Dans une économie de plus en plus immatérielle, la ressource humaine s’impose comme le vrai capital, de l’aveu même des chefs d’entreprise. Il ne serait pas incongru qu’ils participent mieux à son entretien, comme il ne serait pas anormal que l’État vienne en aide de préférence à ceux qui en ont le plus besoin. Mais il faut comprendre le pessimisme ambiant du monde associatif à l’heure des grands choix démocratiques, en l’absence de parole politique qui éclaire leur avenir.

ROGER SUE Sociologue, professeur à l’Université Paris V Descartes [1] Président du comité d’experts de R&S

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