Le Collectif ALERTE expriment au Président de la République leurs demandes pour une stratégie globale de lutte contre la pauvreté

Union Nationale Interfédérale des Œuvres et organismes Sanitaires et Sociaux
> Le Collectif ALERTE expriment au Président de la République leurs demandes pour une stratégie globale de lutte contre la pauvreté

Publié le mercredi 27 septembre 2017

Monsieur le Président de la République,

Depuis plusieurs semaines, les associations de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale ont eu l’occasion de rencontrer vos conseillers en charge de cette question. Monsieur le Premier ministre nous a reçues le 21 septembre pour débuter une phase de pré-concertation portant sur la lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes. Nous nous félicitons du démarrage de cette concertation que nous avions demandée.

Au moment où débute cette procédure que nous appelions de nos vœux, il nous a semblé nécessaire d’exprimer, par écrit, notre analyse de la situation de notre pays et les objectifs
que nous souhaiterions mettre en avant dans une politique active d’inclusion.
Le 17 octobre 1987, en présence de Simone Veil, la Dalle en l’honneur des victimes de la
misère fut inaugurée, sur le parvis des Droits de l’Homme, au Trocadéro. En effet, la grande
pauvreté est une violence faite aux personnes qui la subissent et une violation des droits
humains. Trente ans plus tard, il est temps d’en finir en France avec la pauvreté. La France
s’est engagée à atteindre les Objectifs de Développement Durable qui guident la communauté internationale jusqu’en 2030. Par là même elle doit donc les mettre en œuvre dans ses politiques publiques, nationales et internationales, en commençant par l’Objectif 1 visant l’éradication de la pauvreté (éliminer la pauvreté sous toutes ses formes et partout dans le monde). Dans ce cadre, le 17 octobre 2017, Journée internationale pour l’élimination de la misère, serait une belle date pour que vous annonciez le lancement d’une stratégie globale ambitieuse afin d’en finir avec l’exclusion des plus pauvres, et un engagement d’y travailler avec les personnes concernées, avec nos organisations et avec l’ensemble de la société civile.

Aujourd’hui, nos organisations, rassemblées dans le collectif ALERTE, dédié à la lutte contre la pauvreté et l’exclusion et pour la mise en œuvre de la loi de 1998, sont inquiètes. Dans votre discours au Congrès, vous avez souligné la nécessité d’une « vraie politique d’inclusion de tous », et nous nous en sommes réjouis.

Mais plusieurs décisions annoncées récemment (baisse des APL, diminution des contrats aidés sans évaluation préalable avec les personnes concernées, suppression du financement de l’équivalent de 12 000 logements très sociaux, ...) vont avoir un impact négatif immédiat pour les plus exclus alors même qu’une stratégie d’ensemble pour l’inclusion de tous n’a encore été mise en œuvre.

Des millions de personnes dans ce pays vivent dans des conditions très difficiles. Des droits fondamentaux tels que le logement, l’éducation, l’accès à la culture, à des ressources
suffisantes, au travail et à la formation sont bafoués. Cette réalité n’est pas nouvelle et il faut un effort d’ensemble durable pour y mettre fin. Notre société a besoin de retisser les liens, de renforcer notre capacité à prendre soin les uns des autres. Comme une maison, notre société se reconstruira à partir du bas, en prenant en compte les capacités et les besoins des plus fragiles. Tout ce qui est fait pour les plus pauvres bénéficie à l’ensemble de la société. A l’inverse, une reprise de la croissance ne bénéficie pas automatiquement aux plus pauvres.
Dans la réalité, la pauvreté ne diminue pas sans un effort ciblé pour l’éradiquer.

En cette période de rentrée politique, nous voulons rappeler quelques principes qui nous
paraissent essentiels pour une politique visant l’inclusion de tous.

Trois principes guident nos propositions d’une stratégie globale pour un nouveau Pacte social contre la pauvreté et l’exclusion :
- ne laisser personne de côté ;
- réaliser l’accès de tous aux droits de tous ;
- associer les personnes en précarité à la conception, la mise en œuvre et l’évaluation
des politiques et ainsi s’appuyer sur l’intelligence de tous.

Pour une stratégie de lutte contre la pauvreté, qui pourra mobiliser de nombreux acteurs, huit conditions sont, aux yeux des associations, nécessaires :
- Ne pas organiser des reculs dans la protection sociale : baisse des APL pour des
personnes aux revenus modestes, diminution des emplois aidés sans les remplacer par
d’autres mesures d’accès à l’emploi pour les plus exclus, éventuel gel du RSA, risques
de remise en cause de l’accueil inconditionnel dans les accueils de jour et les dispositifs
d’hébergement, traitements indignes et dégradants pour les exilés,...
- Appliquer le principe d’accueil inconditionnel dans l’hébergement sur l’ensemble du
territoire et favoriser l’accès direct au logement des plus exclus.
- Respecter pleinement la Convention Internationale des Droits de l’Enfant et ainsi
assurer la protection effective des mineurs non accompagnés quelle que soit leur
origine.
- Permettre à tous d’avoir effectivement accès aux droits existants. L’objectif de « zéro
non recours aux droits sociaux ou prestations sociales » devrait être fédérateur.
- S’accorder sur des indicateurs de réussite de la stratégie globale, et la prise en compte
dans toutes les politiques publiques et projets de loi de leurs impacts sur les plus
pauvres (en termes de revenus et conditions de vie). Prévoir une évaluation régulière
de ces politiques.
- Réfléchir et agir avec les personnes vivant la pauvreté. La pratique de la participation
doit absolument être au cœur des réflexions et décisions publiques.
- Assurer un pilotage territorial permettant la mobilisation des acteurs.
- Dégager les moyens financiers nécessaires à leur inclusion dans la loi de finances 2018.

Certaines des mesures évoquées par le gouvernement rejoignent nos préoccupations et
doivent être mises en œuvre en leur accordant les moyens nécessaires et en misant sur
l’innovation et la libération d’énergies. Nous les avons déjà précisées à nos interlocuteurs lors de nos rencontres. Il s’agit essentiellement :
- de l’accès aux droits pour tous et la lutte contre le non recours,
- du Plan de rénovation des passoires énergétiques,
- de l’engagement à développer le Principe du logement d’abord,
- d’un engagement pour lutter contre la pauvreté des enfants, des jeunes et des familles,
- d’un Plan d’investissement pour financer le développement des compétences et faciliter l’accès à l’emploi des jeunes et des chômeurs peu qualifiés,
- de l’engagement que plus personne ne soit à la rue,
- du renforcement de l’accompagnement pour les personnes en situation de précarité : référent de parcours, premier accueil, Maisons des droits,
- de l’engagement de permettre l’accès de tous à la santé.

Pour que la stratégie de lutte contre la pauvreté ait des chances d’avoir des résultats, il faut
qu’un ensemble de politiques et de mesures soit adopté. Il peut se déployer par étape, avec
des priorités renforçant une approche d’investissement social pour co-construire l’avenir avec le secteur associatif et les personnes en situation de pauvreté ou d’exclusion.

Cette stratégie doit nécessairement être pluridimensionnelle et interministérielle ; nous
demandons, forts de l’expérience des gouvernements précédents, qu’elle soit conduite sous
l’autorité directe du Premier ministre conduisant le Conseil Interministériel de Lutte contre
l’Exclusion (loi de 1998) car ce sont à la fois des leviers dans les domaines de l’emploi, du
logement, de la santé, des ressources, de l’accès aux droits... qui doivent être mobilisés.

ALERTE a présenté les contours d’une stratégie de lutte contre la pauvreté dans une
plateforme à l’occasion de l’élection présidentielle. Elle a été remise aux personnalités que
nous avons déjà rencontrées. Elle est jointe à ce courrier. Nos organisations vous confirment qu’elles vont participer collectivement avec les pouvoirs publics à la réflexion permettant l’élaboration des mesures pour en finir avec la pauvreté.

Dans l’espoir de vous voir affirmer concrètement, le 17 octobre, une volonté politique
d’éradiquer la pauvreté en France, et un calendrier pour avancer, nous vous prions de croire,
Monsieur le Président de la République, à l’expression de notre profond respect.

38 fédérations et associations nationales de lutte contre la pauvreté et l’exclusion membres de la Commission lutte contre la pauvreté de l’UNIOPSS et des collectifs inter-associatifs locaux présents dans 14 régions (Uriopss)

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  • Bonjour aux Ressources Solidaires et au Collectif ALERTE,

    Cet article a un double intérêt : nous informer sur l’actualité du moment, en vue de vos actions, au sujet de la lutte contre la pauvreté. En effet, il s’agit d’un point fondamental, qui devrait être traité dans son ensemble par les politiques, quelles qu’elles soient, dans toute bonne démocratie digne de ce nom.
    Sur l’ensemble, je suis en accord sur bon nombre de points. Mais au-delà du nombre, la qualité me semble la plus essentielle.

    En ce sens, il me semble que certains engagements, très peu en nombre mais qui me semblent important de souligner dans vos demandes, ne sont tout simplement pas atteignables. Faire dans le social pour le bien commun et l’intérêt général, ne doit en aucun cas être assimilé à "assister le peuple".
    Afin d’être plus précis, voici ce que j’envisagerai de reformuler, dans le but de ne pas créer une utopie en apparence ni de paraître trop dans cet "assistanat".
    Cela concerne donc :
    - "que plus personne ne soit à la rue", belle quête mais bien trop complexe, bien que ce soit malheureux pour eux (on ne peut sauver tout le monde)... ma suggestion à ce titre : "que le plus petit nombre soit à la rue, en priorisant ceux qui font preuve de mérite face à la situation qui est la leur" (non pas par un principe d’inciter à l’effort, mais par dignité et nature volontaire) ;
    - pour les "risques éventuels de remise en cause de l’accueil inconditionnel dans les accueils de jour et les dispositifs d’hébergement" et la "diminution des emplois aidés sans les remplacer par
    d’autres mesures d’accès à l’emploi pour les plus exclus"... je ne vois pas en quoi le caractère inconditionnel des solutions d’accueil et d’hébergement concorderait avec des mesures de remplacement en terme d’emploi en priorité pour "les plus exclus" seraient compatibles ;
    - si vous souhaitez "ne laisser personne de côté", tel que dit comme l’un de vos 1ers principes en début d’appel au Président de la République Emmanuel MACRON, les choses sembleraient à préciser pour être réellement cohérents et permettre un accord viable dans la durée... de plus, c’est là justement que je vois l’utopie de la chose.

    En définitive, je soutiens de manière générale ce genre de projet, à ma manière bien individuelle, pour le bien de l’intérêt qui me semble le plus général possible. Cela dit, il serait, en vue de tout ce que j’ai évoqué précédemment à titre d’avis le plus humble que je puisse exprimer, vraisemblablement préférable de privilégier la clarification de ce qui dirigera (sans penser à la hiérarchie de classe) les décisions dans leur globalité, afin de prévoir qu’il soit envisageable de la mettre en place.

    A titre de piste dans la réflexion, je proposerai cette question : qu’est-ce que l’intérêt général ?
    Celle-ci, probablement, serait à traiter en prenant également en considération, ce qu’on entend dans les notions de "bien commun", "bien privé", en termes de droit, notamment sur les thématiques du logement et de l’accès à l’emploi.

    Au plaisir de voir les évolutions de ce projet, et ce que cela amènera dans notre pays qu’est la France.
    Dans l’attente de voir les valeurs de la "Fraternité" et de l’ensemble du "Vivant", dans leurs natures, revenir au premier plan des débats.

    Bien chaleureusement,
    Benjamin LEFRANC

    Voir en ligne : http://benlefrank.e-monsite.com

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