Socialisme et néo-libéralisme s’accordent sur la nécessité d’une vie associative développée, tenant pour évident que les associations sont des écoles de démocratie, des lieux de civisme et de don. Les conflits qui l’agitent invitent pourtant à réfléchir sur la complexité d’un monde associatif qui emploie autant, aujourd’hui, que la fonction publique territoriale.
Considéré comme le lieu par excellence de l’engagement volontaire, de la gratuité et de la construction de liens sociaux, le monde associatif est-il pour autant préservé de la dimension conflictuelle qui traverse toutes les autres institutions sociales ? Autrement dit, les rapports sociaux à l’intérieur des associations et entre elles sont-ils nécessairement pacifiés ? La division, l’opposition et la domination ne s’y expriment-elles pas ? Contrairement à la vision enchantée qui prévaut largement et qui conforte l’image positive des associations (tous les sondages d’opinion en témoignent), le monde associatif se révèle un lieu de conflits polymorphes, le plus souvent latents ou occultés.
Dans les sciences sociales comme dans les représentations communes, la dimension conflictuelle des associations est davantage référée à leur fonction tribunitienne, autrement dit leur capacité de protestation et de revendication, qui est mise en exergue au travers des rapports de force avec les pouvoirs publics ou les entreprises, notamment dans les domaines de l’humanitaire, du logement, de l’écologie ou de la consommation. Cet investissement de l’espace public pour la défense d’une cause s’est notamment illustré lors des mobilisations des Enfants de Don Quichotte, de Droit au logement, de Greenpeace ou du Collectif des faucheurs volontaires. Mais au-delà de ces conflits « externes », il en est d’internes qui, s’ils ne sont pas aussi publicisés, n’en sont pas moins importants et aigus.
