Les coopératives, entreprises dont le fonctionnement est centré sur la personne et la réponse aux besoins des membres, sont présentes dans la quasi totalité des secteurs économiques de notre pays. Avec 21 000 entreprises coopératives, 535 000 entreprises associées et plus de 900 000 emplois, elles sont un acteur incontournable de notre économie.
Coopératives de commerçants, d’artisans, de transporteurs, d’agriculteurs, de consommateurs, de salariés, d’entrepreneurs, toutes ont en commun d’être nées d’un projet collectif et du désir de privilégier la personne par rapport au capital. Nées de la crise, à la fin du XIXème siècle, en réponse aux difficultés d’accès aux produits de consommation, au logement, au crédit, à l’emploi, ou pour assurer par la mutualisation d’outils et de moyens la survie et le développement d’entreprises et de commerces individuels, les coopératives sont dotées depuis leur origine de principes et valeurs qui les rendent plus fortes face aux difficultés.
Les coopératives n’obéissent pas à la même logique que les autres entreprises. Elles privilégient le long terme et la pérennité de l’entreprise, de ses emplois, de son impact sur la communauté. Leur valeur ne réside pas dans leur capacité à dégager du profit, mais dans la qualité des services rendus aux membres, acteurs de l’économie locale. Pratiquant la démocratie économique, elles sont contrôlées par leur sociétaire qui participent à égalité la décision, quelle que soit la part de capital détenue, selon le principe « Une personne, une voix ». La répartition des résultats se fait en fonction de l’activité économique de chaque membre avec sa coopérative, non de sa part de capital, et au profit de la coopérative elle-même par la constitution de réserves impartageables, propriété collective, qui contribuent à la pérennité de l’entreprise et prépare sa transmission aux générations futures.
Aujourd’hui les comportements prudents des coopératives qui ne recherchent pas le profit immédiat et sont guidées par les seuls intérêts de leurs membres, qui sont à la fois propriétaires et clients ou fournisseurs de la coopérative, font leur preuve. Les entreprises coopératives sont affectées par la crise économique comme les autres, mais elles y résistent plutôt mieux. Ce constat ne se limite pas à la France, il est valable dans le monde entier, comme le souligne l’Organisation Internationale du Travail qui constate « qu’à quelques exceptions près les entreprises coopératives, quel que soit le secteur ou la région, résistent relativement mieux aux chocs du marché actuels que celles qui ont pour but la recherche du profit » [1].
En tout état de cause, leur réponse est différente et originale. Entreprises à l’ancrage territorial fort, au service de leurs sociétaires, dont la rémunération du capital est limitée, soucieuses de leur impact pour la communauté, elle ne se traduit pas par des délocalisations ou des licenciements massifs.
Voici quelques exemples pour illustrer ces propos.
Dans le domaine bancaire (60% de l’activité banque de détail en France), les résultats des groupes bancaires coopératifs ont été affectés en 2008 par des sinistres survenus dans des filiales appartenant à ces groupes, mais non dans les réseaux eux-mêmes. Cette crise ne remet donc pas en cause les principes et pratiques du modèle coopératif, mais découle d’un contrôle insuffisant sur ces filiales et mal adapté de la part des entités coopératives, qui doivent porter une attention particulière à ces questions de gouvernance.
Dans le domaine du logement social, les coopératives d’HLM ont mieux résisté que l’ensemble du secteur de la construction. Leur production a reculé de 15% sur l’année 2008, alors que l’ensemble de la production du secteur a reculé de près de 37%.
Jean-Claude Detilleux, Président du Groupement National de la Coopération (GNC)
