Les aventures de Maryse au Pôle Emploi - "C’est ainsi quand on vit sous la dépendance des administrations"

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Publié le mercredi 18 août 2010

Ce qui suit n’est pas de la fiction. N’hésitez pas à réagir en bas de page…

Maryse ouvrit la boîte à lettres comme chaque jour, avec la peur au ventre. Elle avait l’habitude des mauvaises surprises qui l’attendaient au courrier presque quotidiennement.

Pas de cartes postale de Tahiti, mais ce pouvaient être des factures plus lourdes que prévues, des lettres en recommandé qui n’étaient jamais de bonnes nouvelles, des mises en demeure ou encore des erreurs de la part de la CAF qui lui demandait un trop perçu ou des ASSEDIC qui lui annonçaient la fin de ses allocations de chômage…

C’est ainsi quand on vit sous la dépendance des administrations : il n’y a jamais de repos ni de répit. Jamais de tranquillité d’esprit où l’on peut se reposer et se dire : "Bon, là maintenant je suis en sécurité, j’ai de quoi vivre et nourrir ma famille, j’ai de quoi voir venir et assumer les erreurs administratives et les factures imprévues avec sérénité."


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Messages

  • Je suis entièrement d’accord. J’avais voulu faire une communication dans un colloque (universitaire) sur le thème "les chômeurs n’ont pas le temps" pour dire que les chômeurs ne sont pas envers leur temps dans une relation de propriété mais qu’ils en sont dépossédés (par exemple par les démarches...) ou que s’ils ont du temps c’est du temps de rien, du temps vide. Comme je n’ai pas paru asez universtaire, on a refusé ma proposition.

  • Par rapport à la réponse au temps....

    tout à fait d’accord, en tant que conseillère à l’emploi, je fais travailler les demandeurs d’emploi sur cette problématique : comme se réapproprier votre temps en réorganisant vos journée, cela contribue fort à éviter le phénomène Maryse.

    Organisez votre semaine avec vos activités choisies.Cherchez du travail pendant tout votre temps.... de travail et rien que votre temps de travail..

    Utilisez vos WE et vos vacances pour voir vos amis, famille et faire ce que vous avez envie de faire.

    Maryse, fais-toi aider, va à la rencontre de gens ne reste pas seule, ...
    Courage.
    SAMU

  • Moi qui ne prends pas souvent la parole sur Internet, voilà pour une fois que je déroge à la règle. Mais pourquoi aujourd’hui ?

    Peut-être parce que je travaille depuis plus de 3 ans à Pôle emploi (enfin… l’ANPE, devenue depuis la fusion Pôle emploi), que je constate chaque jour avec effroi qu’une organisation sensée accompagner des personnes et être à leur écoute dans une situation difficile, celle du chômage, génère en réalité plus de stress et de souffrance et que le témoignage de Maryse qui vient encore une fois me le rappeler fait remonter ma colère.

    Cela fait 3 ans que je travaille à Pôle emploi. Mais que diraient mes collègues ex-ANPE arrivés il y a parfois 10, 20 ou 30 ans et qui ne reconnaissent plus rien en comparaison à leurs premières années de travail…. Que ce soit en matière d’orientations de la politique publique de l’emploi ou de conditions d’exercice du métier de conseiller à l’emploi (ou "conseiller placement" comme on l’entend aujourd’hui, les conseillers placement étant les conseillers ex-ANPE).

    Pour ne prendre qu’un exemple en matière de politique publique : il y a 2 semaines, nous apprenons que la liste des métiers donnant le droit à la prolongation des allocations chômage pendant toute la durée d’une formation (lorsque la date de fin d’allocation est antérieure à celle de la formation) vient d’être tronquée, pour l’Ile-France, en tout cas. Exit les formations de la petite enfance ouvrant ce droit. C’est bien dommage lorsqu’on sait que ce sont souvent des personnes ayant peu de moyens financiers (et souvent des femmes) qui optent pour de telles formations. Ce n’est qu’un exemple certes, mais fort révélateur.

    Pour évoquer les conditions de travail, reprenons ce qu’écrit Gramon dans un article précédent : « J’avais voulu faire une communication dans un colloque (universitaire) sur le thème "les chômeurs n’ont pas le temps" pour dire que les chômeurs ne sont pas envers leur temps dans une relation de propriété mais qu’ils en sont dépossédés ». Remplacez le mot "chômeur" par "salarié[e] de Pôle emploi" et vous obtiendrez un excellent résumé de la manière dont se déroulent nos journées. Nous n’avons plus jamais le temps de nous poser pour tenter de résoudre au mieux une situation, rester en veille sur l’évolution des secteurs d’activité, prendre du recul sur nos pratiques de travail ou face aux nouvelles directives managériales (calqué sur celle du privé où il faut sans cesse PRODUIRE). Plus le temps non plus d’échanger entre collègues ; c’est bien dommage lorsqu’on sait que ces moments sont très utiles pour un métier où l’expertise s’acquiert encore principalement de manière informelle (encore plus depuis que la formation initiale au métier de conseiller placmeent est passée de 7 semaines à 1 semaine !). Plus aucun moment enfin, pour monter des dossiers de demandes d’aide financière ou pour faire de l’intermédiation (pourtant notre cœur de métier !) avec intelligence et pertinence ! Faire de l’intermédiation, c’est par exemple proposer une offre de formation ou d’emploi aux personnes intéressées, négocier avec un employeur la mise en place d’une action de formation préalable à un recrutement pour une personne qui aurait besoin de ce "coup de pouce" pour retravailler. Avant la fusion, nous avions souvent une demi-journée par semaine pour différer tout ce qui ne pouvait être traité en entretien. Désomrais, au lieu de cela, un seul et unique mot d’ordre : convoquer, convoquer, convoquer (les demandeurs d’emploi s’entend), pour surtout montrer que l’on ne reste pas sans rien faire (parce que quand on ne convoque pas, on se fait rien, c’est évident !) et qu’on ne laisse pas filer 15 minutes qui ne pourraient pas être identifiées comme une activité de conseiller placement (accueil, service entreprise, inscription, suivi mensuel, etc). Mais ces 15 minutes de libre, on en rêve pour pouvoir faire ce qu’on n’a plus le temps de faire afin de rendre un service de qualité. C’est alors tout juste si l’on n’attend pas que les demandeurs d’emploi que l’on a « convoqués » ne se présentent pas au rendez-vous. C’est bien là toute la perversion du système. Il va s’en dire que cette complète dépossession du temps a pour conséquence un sentiment croissant de déshumanisation dans le service rendu.

    Alors que faire face au glissement vers toujours plus de déshumanisation ? La question est loin d’être simple, elle est même fort complexe, si tant est que l’on souhaite aujourd’hui conserver du sens au métier de conseiller à l’emploi et que l’on exerce à Pôle emploi. Que faire alors ? Fuir le navire ? L’envie peut être là. Mais le service public (de l’emploi, dans le cas présent) en prendrait encore un coup. Et qui resterait pour défendre au mieux, même faute de moyens, les valeurs dudit service public. En même temps, œuvrer au sein du système tend à faire penser à l’œil non averti qu’on le cautionne. Sachez que c’est loin d’être toujours le cas. Sachez que lorsque les conseillers Pôle emploi ne sont parfois pas à l’entière écoute des demandeurs d’emploi, c’est qu’ils sont eux-mêmes parfois excédés des aberrations vécues 100 fois par jour et qu’ils ne sont plus en capacité d’avoir du recul et faire preuve de discernement. Aujourd’hui, ce n’est pas simple d’être chômeur inscrit à Pôle emploi, ça ne l’est pas non plus d’être salarié[e] de cette machine infernale pour celui [celle] qui ne souhaite pas y laisser son énergie, ses convictions, sa foi en l’humanité.

    Que faire alors ? Il n’y a pas une réponse, il y a DES réponses. A nous, salariés et chômeurs, de nous approprier des espaces d’expression pour dénoncer, voire proposer ! La tâche est immense, mais les dégâts commencent à être visibles. C’est dire leur ampleur !

    Enfin, suite à la démission de Benoît Genuini resté en poste pendant un peu plus d’un an, sachez qu’un nouveau médiateur de Pôle emploi, Jean-Louis Walter, a été nommé il y a environ 2 mois. Dans son rapport d’activité, Benoît Genuini dénonçait un certain nombre de dysfonctionnements et proposait deux axes de travail : 1- L’encadrement des conditions de suspension des allocations 2- La qualité du courrier, au service de l’usager. Par manque de moyens et de soutien, il aura fini par démissionner… Voici le lien vers le recours au médiateur. Savoir qu’il est possible de faire appel au médiateur de Pôle emploi n’est un luxe par les temps qui courent :
    http://www.pole-emploi.fr/candidat/comment-deposer-une-reclamation--@/suarticle.jspz?id=4151
    (j’ai vérifié les liens, ils fonctionnent tous !)

    Alors Maryse, ne perds pas courage. Et sache (même si ce n’est pas toujours visible) qu’il y a de l’autre côté de la barrière des salarié[e]s Pôle emploi qui sont aux côtés des chômeurs pour défendre leurs droits.

    Voir en ligne : Comment déposer une réclamation ?

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