Les casquettes de l’entrepreneur salarié. Quelle place pour les instances représentatives du personnel ?

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Publié le jeudi 2 mars 2017

Les coopératives d’activité et d’emploi (CAE) sont à la pointe de ce que l’ESS peut produire de meilleur en termes d’innovation sociale. Mais leur réalité très complexe ne peut se comprendre via des formules simplistes, si chères à notre époque. Il en découle une reconnaissance teintée de romantisme, empêchant de saisir les zones d’ombre du système et pouvant maintenir les entrepreneurs salariés (ES) dans une forme d’isolement, particulièrement lorsque ledit système a des ratés dont l’« individu » fait souvent les frais au profit du collectif. Bien que cela soit inadmissible eu égard au projet initial des CAE, les codirigeants de CAE n’y peuvent pas tout. La gouvernance et les instances démocratiques non plus. De façon complémentaire, les ES y ont en revanche une vraie responsabilité : via un dialogue social de nouvelle génération en construisant un vrai rapport de pairs avec la direction (et non une lutte ou un patronage).

Mais, au-delà du faible intérêt que la mission représente pour la majorité des ES, de nombreux freins existent. Les élus sont très souvent sous-formés : cela prend du temps sur leur activité entrepreneuriale ; ils « s’autorationnent » car cela impacte financièrement la CAE ; trouver un formateur adapté est très difficile. Consacrer un vrai temps à ce mandat relève du casse-tête : pour un entrepreneur élu, prendre toutes les heures de délégation du cadre légal se fait aux dépens de son activité entrepreneuriale et donc aux dépens de sa capacité à se générer du salaire et à se déclencher un taux horaire servant de base aux heures de délégation ! Penser autrement, à distance de la pensée unique et militante de la coopérative, est coûteux et difficile : sans formation, en tension dans son activité et en étant un électron libre du salariat et de l’ESS, il faut pourtant se mettre en capacité de penser « out of the coop » pour considérer pragmatiquement une situation à l’aune de l’objectif initial d’une CAE, du droit du travail et des valeurs, principes et pratiques de la coopération.

On voit bien ici une des zones d’ombre de la CAE que la loi ESS laisse au milieu du gué, malgré une « normalisation » du statut et une reconnaissance de la pertinence du modèle : l’entrepreneur salarié est soumis à de nombreuses injonctions contradictoires. Le droit du travail ne suffit pas car il ne couvre pas la totalité de son activité. Dans ce contexte, les instances représentatives du personnel (IRP) sont un rouage crucial. Un rassemblement, inter-CAE, des IRP me semble pertinent car il permettrait de décloisonner les élus (et donc tous les ES) en leur apportant une vision d’ensemble. En veillant à éviter toute récupération, cet espace de parole leur permettrait de partager leurs expériences, d’échanger avec divers acteurs pour construire une réelle indépendance de pensée et d’action qui nourrirait, très probablement, chaque structure. Ce rassemblement serait un levier puissant pour déployer toute la capacité émancipatrice du mouvement coopératif des CAE.

L’Humanité du 07/02/17 par Alexandrine Mounier Les Impliqués, administratrice de Ressources solidaires, responsable développement durable de Solidays.

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