Livre "Puissances du salariat"

Livres sur l’Emploi
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Publié le mercredi 25 septembre 2013

Dirigée par Bernard Friot, la collection « Travail et salariat "analyse le travail en acte et les perspectives qu’ouvrent les institutions du salariat en matière de statut social des personnes et de production de la richesse.

Quelle est l’origine de notre modèle social ? Comment le prolonger à l’heure de l’offensive contre les droits sociaux ? Cet ouvrage renouvelle radicalement la lecture de notre histoire sociale et permet une tout autre compréhension de notre présent. Il montre la mutation qu’a connue le salaire à travers la sécurité sociale financée par la cotisation. Le salaire socialisé est au fondement des puissances du salariat contre la mainmise du capital sur le travail et sur nos vies.

Cette nouvelle édition comporte trois chapitres inédits qui complètent la première édition de 1998. L’ensemble restitue dans toute sa cohérence la pensée novatrice de Bernard Friot. A la fois récit et théorie de la socialisation du salaire, il montre comment le modèle salarial s’est construit en France des années vingt aux années quatre-vingt. En quoi il a constitué un progrès et une incontestable réussite. Et comment se sont malgré cela imposées des représentations rétrogrades de ce modèle, tant dans le discours académique que dans les pratiques comptables.

En proposant une autre histoire du salaire et de la protection sociale, Puissances du salariat donne les outils théoriques et factuels permettant de reprendre la marche vers l’émancipation.

Extrait de l’introduction

Lorsque, au petit matin du 9 février 1984, pressés par les pouvoirs publics, les partenaires sociaux, comme on dit, signèrent le constat de réforme de l’indemnisation du chômage, premier des grands accords interprofessionnels à être en recul sur les précédents depuis les années 1960, avaient-ils conscience qu’ils ouvraient la boîte de Pandore d’où allaient s’échapper toutes les réformes qui depuis égrainent la contre-révolution libérale en matière de sécurité sociale et d’emploi ? Sur le coup, l’accord suscita des controverses, mais il fallut attendre le gouvernement Rocard pour que son caractère fondateur soit assumé. C’est avec ce gouvernement en effet, bénéficiaire de la passagère embellie économique de la fin des années 1980, que la contre-révolution libérale trouva son discours et son premier ensemble de mesures réformatrices.

Il fallait d’abord confirmer le caractère durable du recul de l’assurance chômage : la création du revenu minimum d’insertion en 1989 initia la chose et trouva les mots du remplacement du salaire socialisé par une prestation de solidarité fiscale singeant la prestation de sécurité sociale : relative automaticité du droit, versement par les caisses d’allocations familiales. Sur cette base, la loi de cohésion sociale en discussion en 1997 avant la dissolution de l’Assemblée nationale conduisait à faire du RMI (et d’autres minima sociaux, comme l’allocation de parent isolé, API) la rémunération de situations de travail qui n’auraient d’emplois que la forme.
Puis la transformation des travaux d’utilité collective en contrats emploi-solidarité (1989) et des stages d’initiation à la vie professionnelle en contrats d’orientation (1991) inscrivit l’« emploi aidé » au coeur du salariat. Des situations de travail assumées jusqu’alors comme « stages de formation » furent transformées en emplois, et dans cette brèche s’engouffrèrent successivement les « emplois familiaux » (dispositif Aubry première manière), les emplois payés moins de 1,33 SMIC (loi Giraud) y compris du fait d’un temps partiel (loi de Robien), les emplois des zones franches, ceux de branches exposées comme le textile, et d’une façon générale les premiers emplois des jeunes, quelle que soit leur qualification : avec les emplois Aubry deuxième manière, les « emplois-jeunes », ce n’est plus la fraction la moins qualifiée de la jeunesse, mais la masse des jeunes, entre baccalauréat et maîtrise universitaire, qui sont concernés, et cela jusqu’à trente ans pour peu qu’ils ne soient pas allocataires de l’Unédic. Or l’emploi aidé prend la forme de l’emploi pour en dénier la substance.

C’est l’État comme puissance publique, et non pas l’employeur, qui paie tout ou partie des cotisations patronales, quand ce n’est pas tout ou partie du salaire direct. Les cotisations et droits sociaux sont minorés dans le cas des CES et d’autres formules de premiers emplois. Les travailleurs ainsi employés le sont bien sûr pour leur qualification, mais celle-ci est niée : c’est comme « porteur de mesure » qu’ils sont embauchés et leur salaire est un forfait dont l’indexation sur le SMIC donne l’apparence du salaire à ce qui ne l’est pas. D’autant que le SMIC lui-même, largement exonéré de cotisations patronales, perd sa qualité économique sinon juridique de salaire pour devenir une allocation forfaitaire largement fiscalisée, au point que désormais toute hausse du SMIC a un coût budgétaire significatif. Mais la forme contractuelle de l’emploi est là, la référence au SMIC également. Le non-emploi, par le contrat, a pris le masque de l’emploi.

Détails sur le produit

Broché : 437 pages
Editeur : La Dispute ; Édition : 2e édition revue et augmentée (20 septembre 2012)
Collection : Travail et salariat
Langue : Français
ISBN-10 : 2843032261
ISBN-13 : 978-2843032264

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