"Préparer le terrain pour des réponses innovantes face aux défis actuels"

La Revue des études coopératives, mutualistes et Associatives
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Publié le vendredi 1er mars 2013

Le 10 décembre 2012, la Direction générale française de la cohésion sociale organisait à Paris, dans le cadre de la méthode ouverte de coordination, une "peer review [lien]" sur l’"économie sociale" (ie "l’entreprise sociale").

Outre le pays hôte, elle a rassemblé des représentants de dix pays pairs : l’Allemagne, la Bulgarie, Chypre, la Grèce, la Hongrie, Malte, les Pays-Bas, la République tchèque, la Roumanie et la Slovénie. Ils ont été rejoints par des représentants des parties prenantes Eurodiaconia et FEANTSA et de la Commission européenne (DG EMPL).

Les principales questions abordées ont été les suivantes :

• Quelles sont les mesures les plus efficaces pour la création et le développement d’entreprises sociales ?

• Comment faire mieux connaître les entreprises sociales (par le biais de l’éducation et de relations publiques, ainsi que d’observatoires nationaux et européens, par exemple) ?

• Comment relever au mieux les défis posés par le développement futur des entreprises sociales ?

Les participants se sont rendus à la Coopérative d’activités et d’emploi (CAE) Coopaname à Paris pour voir la politique française à l’oeuvre. Les discussions ont principalement porté à cette occasion sur les nouveaux modèles d’entreprises et leur contribution à la politique de l’emploi, ainsi que sur les défis connexes rencontrés au quotidien.

Principaux enseignements :

Les entreprises sociales sont tenues de rendre compte aux parties prenantes et à la société : pleinement compris, cet élément contribuerait à améliorer l’image des entreprises sociales.

L’économie sociale devrait être plus étroitement liée aux stratégies européennes pour l’emploi et l’innovation sociale.

L’économie sociale a des points de départ différents selon les pays d’Europe. Elle est déjà fermement ancrée dans certains d’entre eux, mais elle émerge à peine dans d’autres ; dans d’autres encore, un secteur non lucratif est solidement établi, mais sans qu’il y ait jusqu’ici de réelle orientation vers l’entrepreneuriat social. L’économie sociale a des racines historiques propres à chaque pays. L’approche européenne vis-à-vis de ce secteur devrait veiller à préserver les spécificités nationales tout en diffusant les bonnes pratiques adéquates. Il faudrait éviter de vouloir transposer ce qui n’est pas transposable.

La définition de l’entreprise sociale varie d’un pays à l’autre, voire même à l’intérieur des frontières nationales. Cette situation pouvant poser problème dans le cadre d’une promotion européenne du secteur, il a été suggéré d’utiliser les critères standard de l’UE établissant les caractéristiques communes de ce type d’entreprise.

Dans son Initiative pour l’entrepreneuriat social, la Commission européenne utilise le terme « entreprise sociale » pour désigner les entreprises :

• pour lesquelles l’objectif social ou sociétal d’intérêt commun est la raison d’être de l’action commerciale, qui se traduit souvent par un haut niveau d’innovation sociale,

• dont les bénéficies sont principalement réinvestis dans la réalisation de cet objectif social,

• et dont le mode d’organisation ou le système de propriété reflète la mission, s’appuyant sur des principes démocratiques ou participatifs, ou visant à la justice sociale.

Les définitions précises suggérées par les participants incluent celles proposées par le réseau européen de recherche EMES [...].

L’idée de créer un écosystème incorporant tous les éléments dont une entreprise sociale a besoin pour prospérer fait son chemin en Europe – les éléments en question pouvant être des pépinières d’entreprises, des formations, divers types de paquets financiers et la promotion de l’économie sociale au travers de l’éducation et d’un marketing social. L’attention a néanmoins été attirée sur le fait que l’économie sociale est un tiers secteur à part entière, qui devrait être sur pied d’égalité avec le secteur privé et le secteur public.

Le financement est un problème complexe pour les entrepreneurs sociaux de certains États membres, qui se trouve aggravé par la crise économique du fait, notamment, que les banques se montrent désormais réticentes à accorder de nouveaux prêts. Une solution consisterait à créer une banque sociale d’investissement dont les fonds proviendraient de comptes bancaires non réclamés et inactifs depuis de nombreuses années. Cette approche a déjà été adoptée au Royaume-Uni, où ces avoirs ont été complétés de contributions correspondantes de la part des grandes banques. Le financement participatif (investissements individuels regroupés au sein d’entreprises en démarrage, etc., généralement via Internet) pourrait offrir une autre source prometteuse de financement de l’économie sociale. La plateforme d’investissement social sur Internet myc4, initiée au Danemark en vue de financer de petites entreprises africaines, pourrait être un modèle d’application plus large.

Des subventions sont généralement requises au moment du démarrage d’une entreprise sociale. S’il arrive qu’elles restent nécessaires tout au long de la vie de l’entreprise (soutien à des personnes souffrant d’un désavantage/d’une invalidité permanent(e)), elles constituent le plus souvent une mesure strictement temporaire.

La plupart des initiatives relevant de l’économie sociale sont impulsées par le Fonds social européen. Cette situation peut faire craindre des problèmes en termes de concurrence, et sans doute faudrait-il développer un ensemble plus flexible de politiques de soutien et de paquets financiers, ainsi que des orientations adéquates.

Les mesures institutionnelles nécessaires à impulser l’économie sociale doivent prévoir une coordination des actions entre les ministères concernés et une formation du personnel ministériel aux questions d’économie sociale.

La législation a largement contribué au développement de l’entreprise sociale en Europe. Elle confère une visibilité à l’entreprise sociale innovante et jette les bases de l’institutionnalisation des politiques, ainsi que de la création d’un « label entreprise sociale » susceptible de sensibiliser davantage le grand public. La législation doit également aider le secteur à rester en phase avec les développements nouveaux et l’évolution du contexte économique.

À elle seule, la législation ne donnera cependant qu’une impulsion temporaire si aucun suivi n’est prévu. Une « offre » d’entrepreneurs sociaux doit être assurée, et les comptables et juristes doivent être tenus informés des possibilités offertes par la législation en matière d’entreprise sociale.

Une gestion participative et l’apprentissage partagé entre gestionnaires concernant les bonnes pratiques sont deux aspects essentiels de l’entreprise sociale. Maintenir les valeurs de l’économie sociale et solidaire est un défi permanent, même dans les pays où elle est la plus avancée, en raison de la nature même du marché du travail professionnel et managérial.

L’isolement et la dispersion des entreprises sociales peuvent être évités par la mise en réseau des entrepreneurs sociaux, non seulement entre eux mais également avec des parties prenantes extérieures, le personnel, la clientèle, les autorités locales, les associations et les syndicats.

Les coopératives sont perçues dans de nombreux pays comme une composante majeure de l’économie sociale, laquelle répond à leurs propres valeurs. Elles ont toutefois hérité dans certaines parties d’Europe orientale d’une image moins positive. Des partenariats internationaux peuvent aider à la restructuration et au recentrage de ces coopératives afin qu’elles deviennent des organisations basées sur des adhérents et plus efficaces sur le plan social.

L’approche de l’UE consistant à reconnaître les aptitudes et compétences, et non les qualifications formelles uniquement, pourrait servir l’économie sociale à l’heure où celle-ci cherche à recruter de nouveaux effectifs. La participation d’écoles et d’universités à des coopératives par le biais de leurs programmes d’enseignement pourrait également s’avérer utile ici, de même qu’une aide aux jeunes développant des coopératives dans leurs propres écoles et universités.

La recherche, dans le cadre d’observatoires notamment, joue un rôle important dans la mesure où elle rassemble des données susceptibles d’étayer les politiques. Ces données doivent également être qualitatives en démontrant la valeur ajoutée de l’économie sociale. Des systèmes adéquats de mesure devraient être mis au point et adaptés aux petites organisations. Il conviendrait de prévoir des rapports plus réguliers concernant les indicateurs sociaux dans le secteur, et de poursuivre l’initiative « Beyond GDP » (Au-delà du PIB) de la Commission. Des apports régionaux et des comités scientifiques consultatifs pourraient contribuer à garantir la qualité de la recherche.

Les techniques du marketing social peuvent être utilisées pour faire connaître la spécificité du secteur : récits, concours et récompense à la meilleure entreprise sociale, études de cas de performance exceptionnelle, participation de célébrités, utilisation judicieuse des mass médias et des médias sociaux, réseaux de chercheurs et d’« ambassadeurs », et labels sociaux.

Les conditions préalables à une économie sociale florissante sont notamment le développement d’un esprit d’entreprise ; une sensibilisation accrue du grand public aux atouts de l’économie sociale ; la levée des barrières juridiques et fiscales ; et la garantie pour les entreprises sociales d’avoir aisément accès aux structures d’appui aux PME. Le secteur doit appartenir et être sous le contrôle d’acteurs de la société civile grâce à une approche ascendante de l’économie sociale – approche qui peut être associée à des mesures habilitantes descendantes à condition toutefois d’éviter le contrôle de l’État sur le secteur...


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