Questions à Alain Durand, Président de la CRESS Pays de la Loire

Les représentations et acteurs territoriaux de l’Economie Sociale
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Publié le lundi 15 juin 2015

Ressources Solidaires : 2014 s’est terminé maintenant depuis quelques mois. Quel regard global portez vous sur VOTRE année 2014 ?

Alain Durand Président de la CRESS Pays de la Loire : Année constructive puisqu’on a pu construire un projet politique et stratégique 2015-2020, basé sur la participation des différents réseaux et acteurs. Cela a permis de redonner du lien, de reconstruire de l’empathie et de sortir un plan d’actions sur 2015-2017. Le corollaire a été la charge de travail, car cela a mis en tension les équipes CRESS qui ont fourni un travail de qualité, et le réseau militant, là aussi on compte beaucoup sur des militants déjà investis, il faut donc élargir la base.
Sur le plan financier, elle se termine correctement à la suite de nos difficultés précédentes, grâce à l’aide reçue en 2013 des collectivités territoriales et des banques coopératives. La situation bilancielle s’est nettement améliorée sur ces deux derniers exercices.
Et 2014, c’est aussi la loi sur l’ESS. Les travaux stratégiques se sont axés autour de celle-ci.

Ressources Solidaires : Et justement, après quelques mois en 2015, les perspectives s’annoncent (encore plus) meilleures ? Serein ou inquiet pour l’année 2016 ?

Alain Durand : Pour 2015, les perspectives s’annoncent meilleures dans les projets, pas forcément sur les financements. Les projets sont nombreux. Mais il faut que la CRESS et les réseaux locaux puissent trouver les moyens pour mettre en place les projets du plan d’action.
Serein ou inquiet, pour 2016, année post-électorale, il convient d’être prudent, plusieurs majorités départementales ont pu être changées en France, même si dans notre région, cela n’a pas été le cas. Quant à notre principal partenaire, la Région, il y a un travail à mener sur la fin 2015 et début 2016, de façon importante. Tant que les conventions ne sont pas pluri annuelles, elles restent soumises à discussions et négociations. Nos travaux ont d’ailleurs portés sur les modalités de rémanence des choix stratégiques, et donc des ressources d’où qu’elles viennent ; et de la présentation de budgets pluri-annuels.

Ressources Solidaires : Cela fait 10 mois que la loi sur l’ESS a été votée. Les décrets tardent et pour une bonne partie, repoussés pour la 3ième fois. Le rôle central des CRESS sur leur territoire est il aussi bien reconnu par l’État que par les collectivités territoriales ?

Alain Durand : La question mérite d’être posée. Le rôle des CRESS n’est pas forcément bien connu par l’Etat central. La reconnaissance par les collectivités territoriales existe, sans aucun doute pour ce qui concerne notre CRESS. C’était le cas avant, c’est toujours le cas. Le projet politique présenté aux collectivités a été bien perçu et le travail politique reconnu.
Pour ce qui concerne l’Etat, les administrations déconcentrées connaissent le travail effectué et sont des partenaires. Au niveau national, les différentes structures juridiques et la multiplication des nouveaux acteurs (CFESS par exemple) nuisent à la lisibilité unitaire du secteur.
Sur les décrets repoussés, cela génère surtout un manque de visibilité, de traçabilité. Et cela entraîne probablement des projets en attente de la part des CRESS ; conséquence d’une loi votée sans que la totalité des décrets d’application aient vu le jour.

Ressources Solidaires : Centralisation d’une annuaire des acteurs, portage de dispositifs locaux, nationaux et européens, balise pour les acteurs de l’ESS,... Les missions des CRESS pour le développement économique des territoires sont fortes et lourdes. Les disparités de ressources entre CRESS seront elles compensées à terme par des embauches ? Si non, comment pourrez vous faire ?

Alain Durand : La bonne question ! Derrière tout cela se pose la question du modèle économique des CRESS. Et bien entendu, la question des ressources, propres en particulier. C’est un véritable enjeu pour que des moyens financiers, même encore modestes, puissent être levés. Une partie doit provenir de ressources internes. Pour tendre vers un niveau d’un tiers des ressources provenant des ressources propres, il faut penser et construire le modèle, qui d’utilité publique ne peut exister que de subventions ou conventions. Il faut des ressources propres permettant l’effet levier nécessaire et indispensable à la réalisation des actions stratégiques que les CRESS souhaitent mener de manière indépendante. C’est d’ailleurs le modèle qu’ont su construire beaucoup de réseaux de l’ESS, qu’ils soient mutualistes, coopératifs ou associatifs.

Ressources Solidaires : Dans 6 mois, les élections régionales vont peut être modifier le paysage politique de nouveau. Comment anticipez vous ces changements au regard des relations forcément privilégiées avec votre Conseil Régional ?

Alain Durand : Le moyen évident, c’est d’avoir un projet, qui peut alors être présenté aux politiques. Notre projet 2015-2020 a été porté devant les équipes régionales. La CRESS doit pouvoir être en capacité d’aller porter le projet pour faire comprendre les intérêts que l’ESS développe pour le territoire. Lors de chaque élection, il y a de nouveaux liens à construire.
Même en cas de changement, il nous revient de faire connaître les actions et projets que portent les associations, coopératives et mutuelles. Sauf à être sur des refus idéologiques, une certaine continuité doit exister pour la pérennité de projets, c’est le rôle de la CRESS que de faire comprendre et d’argumenter.
Quant à l’innovation, source Jérémy Rifkin, les associations sont les principales pourvoyeurs d’emploi dans le Monde (L’ESS pour nous, Français). Particulièrement vrai dans les pays en émergence ! Mais aussi dans des pays très développés comme, par exemple en Argentine, où les coopératives et les associations ont été des moteurs puissants pour remonter le pays après les graves difficultés que ce pays a connu il y a plus de deux décennies.

Ressources Solidaires : Réforme des statuts, des cotisations, des collèges,... Le réseau des CRESS se restructure. Le Conseil National des CRES (CNCRES) a pris une place importante dans le paysage national de l’ESS. Comment voyez vous le réseau à 5 ans ? Et votre CRESS ?

Alain Durand : L’AG du CNCRES a eu lieu le 19 et cela a été en débat. Pour que ce réseau soit reconnu comme acteur majeur de l’ESS, il faut qu’il soit reconnu et représentatif sur le plan national de la transversalité de l’ESS et de sa vitalité sur le plan local ; c’est au cœur des projets et des alternatives que se vit l’ESS. Les grands réseaux de l’ESS structurés parfois depuis très longtemps sont souvent plus puissants économiquement et politiquement que le réseau des CRESS, il n’y a pas lieu de les réduire. Il convient donc de travailler de façon unitaire et mutualisé sans inflation de structures parfois concurrentes. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
Lorsque l’on est petit, ce qui est le cas de l’ESS, il est nécessaire de coopérer pour être plus fort.

Pour la CRESS Pays de la Loire, Alain Durand, Président issue du collège "Coopératives"

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