Questions croisées aux Présidents des CRESS Bretagne et Haute Normandie

Les représentations et acteurs territoriaux de l’Economie Sociale
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Publié le mercredi 20 mai 2015

Ressources Solidaires : 2014 s’est terminé maintenant depuis quelques mois. Quel regard global portez vous sur VOTRE année 2014 ?

Marie-Martine Lips Présidente de la CRESS Bretagne : Pour la CRESS de Bretagne, l’année 2014 a été marquée par la finalisation et la vote de la loi relative à l’ESS. cela marque une avancée symbolique importante marquant une reconnaissance certaine de l’ESS par les pouvoirs publiques, comme une composante socio-économique importante. Cependant, la loi de finance 2015 a marqué les limites de cet exercice. En effet, la loi du 31juillet n’a été marquée par aucun dispositif public qui pourrait laisser supposer que ce secteur de l’économie qui même en période de crise, crée des emplois, pourrait être autant soutenu que les entreprises capitalistiques. Il reste donc du chemin à faire.

Patrick Pollet Président de la CRESS Haute Normandie : Elu Président de la Cress de Haute Normandie le 23 juin 2014, ce fut pour moi une période de découverte et d’appropriation du vocabulaire et des acronymes très nombreux. Découverte également de la complexité du monde de l’ESS qui apparaît de l’extérieur comme une entité. Enfin j’ai été très surpris de l’appellation "Chambre" et de ce que cela peut induire alors qu’il ne s’agit que d’une association disposant de faibles moyens.

Ressources Solidaires : Et justement, après quelques mois en 2015, les perspectives s’annoncent (encore plus) meilleures ? Serein ou inquiet pour l’année 2016 ?

Marie-Martine Lips : Les suites données à la loi ESS sont, pour l’instant peu encourageantes. Les quelques rares décrets qui sont parus semblent montrer que l’ambition affichée lors du vote de la loi est en recul lorsqu’il s’agit de la mettre en œuvre. Les élections régionales seront une nouvelle occasion de remettre l’ouvrage sur le métier.

Patrick Pollet : Suite aux élections territoriales et le changement de gouvernance dans les deux départements hauts normands, il faut reconstruire les réseaux et rencontrer les nouveaux élus. La Région, la réunification et sa Présidence sera en décembre prochain l’objet de toute notre attention. Pour répondre à la question, nous continuons à travailler et présenter des projets comme l’an passé. La Loi ESS et le financement des CRESS par l’Etat est plutôt une bonne chose, cependant à ce jour une partie de ces crédits est versée à l’agence (ADRESS) pilotée par la Région.

Ressources Solidaires : Cela fait 9 mois que la loi sur l’ESS a été votée. Les décrets tardent et pour une bonne partie, repoussés pour la 3ième fois. Le rôle central des CRESS sur leur territoire est il aussi bien reconnu par l’État que par les collectivités territoriales ?

Marie-Martine Lips : La reconnaissance de l’ESS a été formalisée, en Bretagne comme dans beaucoup d’autres régions, par des politiques publiques dédiées au Conseil Régional, dans plusieurs Conseils Généraux (Départementaux ?)et d’agglomérations depuis plusieurs années. Les services de l’État prennent la mesure de l’intérêt à soutenir le développement de l’ESS. c’est ainsi, en Bretagne, que le SGAR et la DIRECCTE ont nommé une personne explicitement chargée de suivre l’ESS. à côté du correspondant régional de l’ESS, dont les missions qui lui sont confiées, ne sont toujours pas claires et affirmées. Cela a conduit les services de l’Etat à être bien plus présents dans les lieux où se concertaient les stratégies de développement de l’ESS. L’ESS a trouvé une place dans le CPER [1] et des perspectives se dessinent dans les programmes européens de la région. Nous y voyons une conséquence de cet engagement plus fort des services de l’Etat dans le développement de l’ESS.

Patrick Pollet : Les relations avec les représentants de l’Etat sont faussées par la pression exercée par la Région Haute Normandie qui semble privilégier l’ADRESS dont l’activité est essentiellement centrée sur l’accompagnement de la création d’emploi.

Ressources Solidaires : Centralisation d’une annuaire des acteurs, portage de dispositifs locaux, nationaux et européens, balise pour les acteurs de l’ESS,... Les missions des CRESS pour le développement économique des territoires sont fortes et lourdes. Les disparités de ressources entre CRESS seront elles compensées à terme par des embauches ? Si non, comment pourrez vous faire ?

Marie-Martine Lips : Aujourd’hui, le périmètre d’action de la CRESS reste inchangé à moyens constants. La CRESS de Bretagne assure, à minima certaines des missions qui lui ont été dévolues par la loi ESS. C’était déjà le cas avant le vote de la loi. Il ne sera pas possible de mettre en place des actions plus ambitieuses faute de moyens plus importants. Cela conduirait à ce que les ambitions inscrites dans la loi restent lettre morte, si elles ne sont pas financées.
Cependant, sans doute grâce à la visibilité donnée par la loi, grâce au travail effectué depuis 4 ans sur la SRDESS [2] et son inscription dans les stratégies économiques de la Bretagne et peut être grâce à l’obstination des acteurs de l’ESS à créer de l’emploi quand le reste de l’économie en détruit, nous voyons une modeste mais plus grande attention accordée à l’ESS, ce qui devrait permettre de flécher certaines ressources pour accompagner le développement de ce secteur.

Patrick Pollet : C’est une vraie question. Nous y répondront indirectement en travaillant sur la fusion des CRESS normandes dès le début 2016. La mutualisation des moyens devrait nous permettre de faire face. D’autre part, les adhérents doivent s’impliquer davantage dans le fonctionnement et le financement des Cress.

Ressources Solidaires : Dans 6 mois, les élections régionales vont peut être modifier le paysage politique de nouveau. Comment anticipez vous ces changements au regard des relations forcément privilégiées avec votre Conseil Régional ?

Marie-Martine Lips : Le développement de l’ESS ne peut pas dépendre des aléas électoraux. Développer l’ESS est un enjeu majeur pour l’économie et le lien social de notre région. Nous comptons donc bien que les futurs élus du Conseil Régional de Bretagne, quelle que soit leur origine politique, prennent en compte l’ESS comme un acteur socio-économique indispensable au développement de notre région.
La CRESS de Bretagne, dans son rôle de tête de réseau ESS, présentera des propositions, élaborées collectivement, à tous les candidats aux élections régionales afin que le développement de l’ESS fasse partie, dans un premier temps, de leur programme puis des politiques qu’ils mettront en œuvre.

Patrick Pollet : Nous rencontrerons les candidats et nous les interrogerons sur leur position par rapport à l’ESS en gardant bien à l’esprit que des déclarations pré électorales ne sont pas obligatoirement suivies des effets escomptés.

Ressources Solidaires : Réforme des statuts, des cotisations, des collèges,... Le réseau des CRESS se restructure. Le Conseil National des CRES (CNCRES) a pris une place importante dans le paysage national de l’ESS. Comment voyez vous le réseau à 5 ans ? Et votre CRESS ?

Marie-Martine Lips : La démarche de construction d’un réseau CRESS efficient est en marche depuis plusieurs années. En 2015, après le socle commun de mission élaboré il y deux ans, deux nouvelles étapes seront franchies : des statuts et des cotisations harmonisés. Je pense que ce mouvement est maintenant bien engagé, il n’y a pas de raison qu’il s’arrête. Le réseau des CRESS se structure, ce qui passe par une CNCRES qui joue son rôle d’interface au niveau national.
La CRESS de Bretagne a intégré dans son projet stratégique de contribuer à ce mouvement national et d’y consacrer de l’énergie. Un réseau fort et qui se structure est une condition nécessaire au développement de chaque CRESS , en particulier pour celui de la Bretagne.

Patrick Pollet : Le CNCRESS réalise un travail difficile de recherche d’harmonisation dans un paysage extrêmement morcelé aux intérêts parfois divergents. la structuration est essentielle pour le bien de tous mais la recherche d’indépendance est très ancrée et constitue un frein à la réflexion. L’harmonisation des statuts est une bonne chose mais il faudra vérifier dans les faits son application effective. La recherche d’une lisibilité dans le montant des cotisation est un point extrêmement délicat qui demandera beaucoup d’énergie. La notion d’ESS fait son chemin dans le grand public et bénéficie soit d’un a priori de "doux rêveurs" soit d’une mode e fonctionnement porteur d’avenir. Il y a un train dont il ne faudrait pas manquer le départ. Je suis convaincu que seule une structuration du réseau et un travail partagé et commun des représentants des différents collèges permettra son essor.

- Pour la CRESS Bretagne, Marie-Martine Lips, Présidente issue du collège "Associations"
- Pour la CRESS Haute Normandie, Patrick Pollet, Président issu du collège "Mutuelles"

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[1Contrat de projets État-région

[2Schéma Régional de Développement de l’ESS

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