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Regards sur la vieillesse Leçons du passé et perspectives pour l’avenir

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mardi 20 janvier 2009 , par Henri Nogues

Dans ces échanges ouverts au débat à deux voix nous avons choisi de ne pas opposer le passé tel que les recherches permettent de le comprendre et l’avenir tel que les analyses contemporaines tendent à le dessiner. Au lieu de distinguer un temps sur le passé et un temps sur l’avenir nous essaierons de croiser le regard de l’historien et celui de l’économiste autour de différentes questions.

Le débat pourrait chercher à clarifier ce qui se passe dans notre société autour de la vieillesse. Selon Jean-Claude PASSERON, ancien professeur de sociologie à l’Université de Nantes, il faut se prémunir contre deux risques d’illusion : celle du « toujours pareil » et celle du « jamais vu ». Il faut donc combiner la connaissance par les différences et la connaissance par les continuités. Cet universitaire ajoutait en 1987 un conseil de prudence en précisant qu’il fallait à « l’historien de la contemporanéité dix bonnes raisons plutôt qu’une avant de conclure à la rupture, à la césure, à la nouveauté ».

La double face de l’allongement de la vie humaine

L’allongement de la vie humaine conduit nos concitoyens à se poser des questions redoutables. Le vieillissement est connoté de façon fortement négative. Sans doute n’est-ce pas nouveau mais ce qui l’est un peu plus c’est le fait que la généralisation de l’augmentation de la durée de vie moyenne dans tous les groupes sociaux donne l’impression d’un vieillissement de la société dans son ensemble. Ce phénomène attendu, amplifié dans la période à venir par le papy-boom, est souvent vu comme un problème, voire comme une catastrophe. On ne s’attardera guère sur le supposé conservatisme collectif induit par ce phénomène dont la vérification empirique reste délicate. On s’attachera plutôt à souligner deux dimensions dont il est souhaitable de prendre toute la mesure. La première est d’ordre macroéconomique, c’est la « facture vieillesse », pour l’essentiel le coût des retraites auquel viennent s’ajouter les dépenses de santé des personnes âgées et accessoirement celle de la dépendance. La seconde est d’ordre plus personnel, il s’agit de la profonde transformation du cycle de la vie humaine qui modifie l’horizon de vie de chacun d’entre nous. La chance d’une vie longue accessible à beaucoup d’entre nous d’un côté, l’invitation à une responsabilité collective exigeante mais à partager entre les générations appelées à coexister de l’autre. Ainsi, les générations d’après les deux guerres mondiales du siècle dernier avaient du relever le défi de la vieillesse indigente. Aujourd’hui d’autres défis nous attendent et doivent mobiliser notre intelligence et notre volonté individuelle et collective.

Les chantiers du vieillissement

La santé est souvent au cœur de nos préoccupations. Si les problèmes peuvent apparaître dès l’enfance, l’augmentation de la morbidité comme celle des situations de perte partielle ou plus grave d’autonomie au fil de l’âge tendent à accroître les inquiétudes. Vérité ou erreur autour de la surconsommation médicale des vieux, l’analyse statistique doit être maniée avec prudence. Elle protège d’un pessimisme excessif en soulignant que la bonne santé est l’état majoritaire parmi les anciens et que tout compte fait la dépendance ne devient légèrement majoritaire qu’après l’âge respectable de 90 ans. La solidarité familiale n’a pas disparu même si elle s’exerce désormais dans un autre contexte et avec d’autres exigences. L’allongement de la vie en couple et le retard de l’apparition de la dépendance font que les personnes en première ligne pour cette solidarité sont elles-mêmes âgées. De plus en plus fréquemment, dans les familles les anciens franchissent les âges de 80 ou même de 90 ans. Cette expérience acquise du grand âge est précieuse pour les générations qui suivent. Les échanges intergénérationnels ne concernent pas que les petits enfants et leurs grands parents mais ils existent aussi entre les personnes de plus de 55 ans… Les enjeux des politiques gérontologiques et des politiques de santé concernent les plus âgés. Chacun est responsable pour une part de sa santé. Tous ont sûrement un mot à dire sur les choix que notre société doit faire en la matière parce qu’ils ont des droits à défendre notamment pour les plus fragiles d’entre eux mais aussi parce qu’ils ont des obligations à assumer individuellement et collectivement.

La recherche de la valeur des choses ou les limites de l’économie

Avec l’invention de la retraite, les spécialistes se sont interrogés sur le rôle des retraités. Rapidement ont été abandonnées les théories activistes et productivistes qui conduisaient à une représentation du retraité comme un être inutile et sans statut. On leur a préféré les théories dites du dégagement différentiel. Dégagé des obligations du travail contraint, la femme ou l’homme retraité peut s’engager dans d’autres activités, vers d’autres responsabilités. L’université permanente, le bricolage, les liens avec les enfants et les petits enfants, la solidarité envers les aînés, l’engagement politique, les voyages, le bénévolat associatif. Le troisième et le quatrième âge restent des âges de liberté et de choix. Donner de la vie aux années suppose certainement la sécurité économique mais implique aussi la responsabilité personnelle. Finalement, c’est la question des valeurs et du sens de la vie. Entre la consommation, l’étude, le développement des capacités créatives, le don de temps ou d’argent, l’espace des choix de vie reste largement ouvert, souvent même davantage qu’au moment où la vie professionnelle était envahissante et les responsabilités familiales impérieuses. La question du sens de la vie implique sûrement la réflexion personnelle mais elle se nourrit aussi des échanges et parfois des engagements collectifs. Elle rejoint aussi les questions posées par notre destin collectif commun c’est-à-dire la dimension politique. Au-delà des effets de mode, l’idée de développement durable comme le souci d’une cohésion sociale respectueuse de tous les membres de la communauté progressent dans de nombreux pays. Ils conduisent à reconsidérer les formes prises par la croissance économique. Les membres d’une même génération partagent au moins une histoire en partie commune, un positionnement dans l’échelle des générations identiques. Cette proximité peut engendrer des intérêts collectifs partagés et ouvrir des espaces d’action en commun susceptibles d’apporter une contribution à la dynamique même de la société. La transmission de l’expérience acquise a toujours été délicate. Avec l’accélération des évolutions, elle demande encore davantage de prudence et peut être de modestie. Sans s’enfermer dans un ghetto ni dans les seules questions liées au vieillissement, le troisième âge reste un temps de vie et de participation sociale active.

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