Sans l’économie sociale et solidaire, pas d’avenir pour la COP21 !

Les rencontres du Mont Blanc
> Sans l’économie sociale et solidaire, pas d’avenir pour la COP21 !

Publié le mardi 24 novembre 2015

Les propositions de Thierry JEANTET pour développer une « croissance verte » grâce à l’économie sociale et solidaire
Trop longtemps considérée comme une économie béquille, l’économie sociale et solidaire sort de son silence et s’implante dans tous les domaines d’activité. Performante, innovante et proposant un autre modèle de croissance plus respectueuse des citoyens et de l’environnement, pour la première fois depuis 10 ans en France, elle a franchi le cap des 2 millions de salariés soit plus de 10% des salariés. De la santé à l’industrie, elle offre une solution visible, concrète, d’un bout à l’autre de la planète, aux nombreuses crises auxquelles nous sommes confrontés.

Présente partout dans le monde il y a notamment 1 milliard de coopérateurs.

« Longtemps victime de la maladie du silence, l’économie sociale et solidaire est en voie de guérison et elle se met à parler à travers les frontières », Thierry Jeantet.

A quelques jours de la COP21, suite à la « Déclaration Commune » du Groupe Pilote International de l’ESS réuni à New-York le 28 septembre dernier, et en avant première des Rencontres du Mont-Blanc, Thierry JEANTET, président de ce Forum International des Dirigeants de l’ESS, directeur d’un GEIE Européen d’entreprises de l’ESS de 1992 à juillet 2015 et enfin ancien responsable du pôle Economie sociale et solidaire dans l’équipe de campagne de François Hollande, lance pour la première fois un signal d’alarme en amont de la COP21 : « Elle sera un échec si l’économie sociale et solidaire n’est pas prise en compte dans la stratégie ». Il présente aujourd’hui 5 propositions, soutenues par 4 entrepreneurs représentatifs de ce secteur, pour que la COP21 ne tombe pas dans cet écueil.

1- La croissance pour la croissance ne doit plus être une priorité, fixons des Objectifs de Croissance Durable.

L’ESS répond autant à l’urgence sociale qu’à l’urgence environnementale. Elle associe en effet solidarité et équité, respect des personnes et respect des environnements. La « Green Economy » ou la « Blue Economy » sont nécessaires mais insuffisantes. Il faut associer objectifs sociaux (afin d’améliorer les Indices de développement humain dans chaque pays et donc atteindre les Objectifs de Développement Durables adoptés à l’ONU en septembre 2015), civiques (grâce à la vie participative, associative, collaborative), environnementaux (ceux qui devraient être adoptés par la COP21) et, bien sûr économiques. Ainsi, avec l’ESS, nous pouvons aller vers « une Economie Sociale et Environnementale de Marché ».

Emmanuel SOULIAS, dirigeant d’ENERCOOP, fournisseur d’électricité 100 % renouvelable sous forme coopérative :
« Nos sociétés modernes ont basé leur développement sur l’abondance des énergies fossiles et nucléaires or ce modèle est à l’origine de déséquilibres environnementaux, économiques et sociaux majeurs.
L’économie sociale et solidaire est un moyen d’appréhender différemment l’énergie et Enercoop s’inscrit dans cette dynamique en proposant une appropriation citoyenne de l’énergie. Producteurs et consommateurs sont sociétaires d’une même coopérative dont les bénéfices servent le projet de celle-ci et non les actionnaires. Car le changement que nous impulsons n’est pas seulement environnemental, il est aussi sociétal, et inclut les questions de gouvernance et d’équité. Nous pensons que la société est aujourd’hui mûre pour s’interroger sur la question de l’énergie : « A chaque fois que je consomme de l’énergie, je veux savoir comment cette énergie a été produite, par qui elle est produite, est si elle crée des emplois, si c’est vertueux,
etc. »

2- Aller vers un « Nouveau Cap ».

L’ESS bénéficie en France d’une nouvelle loi depuis juillet 2014 qui consacre l’ensemble du monde des coopératives, mutuelles, associations, fondations, entreprises sociales, entreprises d’insertion.
Des lois de ce type ont été votées dans d’autres pays comme l’Espagne, le Portugal, l’Equateur, le Québec, ou sont prévues comme au Maroc ou en Roumanie. La loi française constitue un acquis fondamental ; elle devra être complétée sur plusieurs points : le droit des groupes de l’ESS par exemple. Mais il faut aller plus loin : l’ESS doit être non seulement un nouvel acteur du dialogue social (autre avancée en France) mais aussi un acteur des nouvelles stratégies économiques : par exemple, en France, en multipliant les Pôles Territoriaux de Coopération Economique, en l’insérant dans les Nouvelles Filières, en favorisant les liens entre Centres de recherche et ESS.

3- Mettre en place des partenariats Publics /ESS dans les domaines de la santé, de l’énergie, de l’habitat social etc.

Les collectivités locales ont toujours eu des liens avec des associations ou coopératives d’éducation, de sport, cultuelles, d’intégration sociale. Elles développent d’autres liens avec les mutuelles de santé, avec les coopératives d’habitants, les coopératives d’activités et d’emplois que ce soit en France ou dans d’autres parties du monde. Mais dans cette période de mutations autant que de crise, la stabilité des organisations et entreprises de l’ESS, leur proximité avec les acteurs des territoires, leur souci d’équité, en font des partenaires plus recherchés encore que ce soit en Corée du Sud, au Brésil ou au Sénégal, en Inde ou au Costa-Rica, etc. Il faut donc renforcer les outils de type partenariats « publics/ESS » et non pas seulement les
partenariats traditionnels « publics/privés ».

Guillaume DESMOULINS est fondateur de CO-CITY, la première plateforme française de civic crowdfunding, destinée à financer des projets d’utilité publique à Paris et petite couronne :
« Co-city est une plateforme locale qui s’inscrit également dans un mouvement global. Partenaire de la « World Urban Campaign » lancée par ONU-Habitat, nous participons aux réflexions pour préparer la réunion mondiale des villes à Quito en 2016 et co-construire un meilleur avenir urbain, plus durable et plus inclusif. Avant de lancer Co-city, j’ai travaillé dans différentes administrations publiques (Conseil Régional Midi-Pyrénées et Commission européenne) et je finalise actuellement une étude avec l’OCDE sur les nouvelles possibilités de partenariats gagnants-gagnants entre acteurs publics, citoyens et plateformes de civic crowdfunding. De manière générale, les acteurs publics et l’économie sociale et solidaire gagneraient à coopérer davantage dans de nombreux domaines afin de co-construire des solutions plus adaptées aux besoins des citoyens. On retrouve beaucoup de valeurs de solidarité et d’inclusion dans l’ESS. Soutenir l’ESS et les initiatives citoyennes peut permettre de re-créer une confiance en l’acteur public dans une société
actuellement en crise ».

4- L’ESS doit changer d’échelle : apportons lui des financements adaptés !

Il existe des banques coopératives ou alternatives, des mutuelles d’assurance et des plates-formes de crowdfunding dans le monde entier mais elles sont encore trop isolées les une par rapport aux autres. Le Groupe Pilote International de l’ESS prévoit une « Conférence International de Financement de l’ESS » en 2017. Il faut y associer aussi la Banque Mondiale, les Banques Régionales (comme la Banque Inter Américaine de Développement, la Banque Européenne d’Investissement etc.). L’aspect « renforcement des fonds propres » doit être parallèlement examiné en s’appuyant sur l’expérience d’outils nationaux (Esfin-Ides en France) ou européens et
internationaux (par exemple « Coopest » ou « Coopsud »).

François FRENEAT est directeur administratif et financier chez EVOSENS, une SCOP spécialisée dans l’ingénierie optique et de la photonique, basée à Brest :
« Dans nos activités à fort contenus technologiques, nous avons besoin de fonds propres car il est difficile de financer la RD avec d’autres ressources. Le propre du modèle coopératif c’est que les fonds propres se constituent au fur et a mesure des années en fonction des résultats alors que pour les entreprises classiques on peut mobiliser massivement des fonds propres tout de suite. Dans le mode de financement des SCOP, c’est très difficile, il n’existe pas d’outils financiers qui permettent de financer l’amorçage en coopérative et les structures classiques qui pourraient intervenir elles ne connaissent pas bien ce modèle. Plusieurs raisons à cela : une mauvaise adaptation d’outils existants comme les titres participatifs et un défaut de capacité d’expertise sur les projets innovants (innovation technologique ou sociale). En réalité, les financeurs n’ont pas la bonne grille de lecture, ils ont souvent une façon de voir l’entreprise parfois trop normée et ne comprennent mal la logique d’innovation. On est obligé de mettre en place des stratégies de contournement. Donc au final on met plus de temps pour arriver au même point qu’une start-up classique. A activité équivalente, les SCOP n’ont pas le même accès aux financements que les start-up ».

5- 80% des Français disent ne pas bien connaître l’ESS, rendons la populaire !

Un rapport mondial sur l’ESS manque à l’appel. Il faut le créer (tous les deux ans) avec l’aide des Institutions de l’ONU. En attendant le Forum International de l’ESS va lancer son Cahier International des Initiatives fin novembre. Développer l’ESS c’est renforcer un facteur de paix et de respect des Droits de l’Homme et de la Femme, donc redonner un sens au développement.

Pascal METZGER, dirigeant de la SCOP « SET », entreprise spécialisée dans l’assemblage de composants électroniques de très haute précision, basée en Haute-Savoie :
« Lorsque l’entreprise était en redressement judicaire, après la faillite de notre maison mère, en 2012, on s’est rendu compte que le l’activité économique était viable. Mais quand l’administrateur judiciaire est venu nous voir, il nous a demandé d’emblée d’oublier le modèle de la SCOP : « Vous serez sous financés et vous n’aurez pas les reins assez solides pour consolider l’entreprise ». On nous disait « Une SCOP ? Dans l’industrie, ce n’est pas terrible, alors dans les hautes technologies
vous n’y pensez pas... Il faut financer des gros projets, qui sont souvent lourds, longs etc. ». Influencés par ce discours, nous avons dons commencé par rechercher des financeurs classiques. Il y a une méfiance vue de l’extérieur. Au quotidien, les gens pensaient que trente salariés associés dans une SCOP, c’est trente patrons, alors qu’au quotidien on est une entreprise tout à fait normale avec une hiérarchie, des objectifs, des clients, etc. Ca fait partie des clichés. Il y a un énorme travail d’explication à mener en externe ! En interne, dans les entreprises, il faut aussi accompagner les entrepreneurs, les former à leurs droits et devoirs, aux notions de comptabilités et de bilan financier par exemple ».

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