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Syndicalisme et économie sociale : un cousinage vivant à réinvestir

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mercredi 12 mai 2010 , par Jordane Legleye (RECMA)

S’interroger aujourd’hui sur les relations entre syndicalisme et économie sociale, c’est risquer de rouvrir un débat ancien : le syndicalisme doit-il être exclusivement revendicatif ? Peut-il être également gestionnaire, sur le plan économique ? Telle n’est pas l’intention de cette modeste contribution. Tout au plus ambitionne-t-elle d’apporter quelques éléments d’information pour la réflexion (1).

En France, des origines communes

Le syndicalisme français et ce que nous appelons aujourd’hui l’économie sociale sont historiquement consubstantiels. Dès l’origine, la lutte pour de meilleures conditions de travail et de rémunération s’est accompagnée d’une aspiration à l’émancipation économique. L’ampleur de cette émancipation, les moyens pour la réaliser faisaient l’objet de désaccords entre réformistes et révolutionnaires. Ils trouvèrent toutefois un compromis à l’occasion du congrès de la CGT, en 1906, avec la charte d’Amiens : « […] L’oeuvre revendicatrice quotidienne […] n’est qu’un côté de l’oeuvre du syndicalisme ; il prépare l’ émancipation intégrale, qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste ; il considère que le syndicat, aujourd’ hui groupement de résistance, sera, dans l’avenir, le groupement de production et de répartition, base de la réorganisation sociale. » Le fondateur des bourses du travail, Fernand Pelloutier, avait ouvert la voie : « Les syndicats ont une ambition très haute et très noble… Au lieu de se considérer soit comme de purs instruments de résistance à la dépression économique, soit comme de simples cadres de l’armée révolutionnaire, ils prétendent en outre semer dans la société capitaliste même le germe de groupes libres de producteurs. » Il faisait écho à la proposition d’un ouvrier, le cordonnier Steinmetz (cité dans La classe ouvrière et le syndicalisme en France, de 1789 à 1965, de Georges Vidalenc, alors directeur du Centre d’éducation ouvrière de FO) : « Ce qu’ il faut, avant tout, c’est que les ouvriers se préparent par le groupement corporatif, par la création de bourses du travail, par l’étude approfondie de toutes les grandes questions économiques et sociales, à prendre en main la direction de la production. »

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