« Travailler pour une économie qui a du sens : tout savoir sur les formations et les métiers »

L’emploi dans l’économie sociale et solidaire : ce que pensent les acteurs du secteur !
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Publié le jeudi 6 mars 2014

Compte rendu de la conférence du Vendredi 21 septembre 2012, Hôtel de Ville de Paris dans le cadre de Convergences 2015.

Principaux enseignements
Pour répondre à l’expansion du secteur de l’économie sociale et solidaire (ESS), de nouveaux programmes de formation et de nouvelles stratégies de recrutement ont été mis en place. Même si le marché de l’emploi de l’ESS manque encore de visibilité, on observe une demande croissante des entreprises pour des profils hybrides capables de parler le langage du secteur social aussi bien que celui des secteurs public et privé. L’ESS, qui comprend également la philanthropie et le social business, est un secteur marqué par une situation générale de précarité, et des difficultés d’accès. Pourtant, la motivation suscitée par le fait de contribuer aux grands enjeux économiques, sociaux et environnementaux contribue à un intérêt croissant des candidats pour ce secteur.

Résumé des interventions

1. Les nouveaux métiers et formations de l’ESS

Mariana Losada présente, sur la base d’une étude réalisée avec Convergences 2015, un panorama des formations existant dans le domaine de l’ESS. 256 formations ont déjà été recensées : 117 en entrepreneuriat social et social business, 73 en solidarité et coopération internationales, et 66 en développement durable et environnement.
Anne-Claire Pache explique que l’ESSEC propose un programme d’enseignement en stratégie et management avec une spécialisation en entrepreneuriat social. La mission du programme est de former les étudiants aux métiers hybrides, aux interactions entre les secteurs privé, public et solidaire, et de leur apprendre à naviguer entre eux. Les étudiants deviennent ainsi des moutons à trois langues : social, privé et public. Deux programmes existent : une spécialisation en entrepreneuriat social, et un programme de management général destiné à renforcer les compétences des acteurs de l’économie sociale diplômés Bac +5.
Guillaume Chocteau présente Ressources Solidaires, un site d’emploi réservé à l’ESS. Tous les profils sont recherchés dans ce secteur : comptabilité, finance, communication, etc. Savoir, savoir-être et savoir-faire, et en particulier l’alchimie entre le savoir-être et le savoir-faire, sont les éléments indispensables dans ces métiers hybrides. S’il existe des formations en développement de projet, finance et gestion, le savoir-être peut quant à lui être acquis grâce au bénévolat, un parcours personnel, l’engagement via le service civique, etc. Une tendance forte sur le marché du travail de l’ESS est la recherche de capacités à lever des fonds, d’une connaissance du langage de l’entreprise, et d’une capacité à créer des partenariats public-privé.

2. Entrer dans le marché de l’ESS

Pour Jean-Louis Jourdan, travailler dans les métiers du développement durable est souvent une question de chance, de hasard. A la SNCF, les profils sont sélectionnés sur des critères d’engagement et de conviction, en plus du métier acquis. Aujourd’hui, il existe un fort engouement des jeunes sur ces sujets. Toutefois, il est nécessaire de maîtriser un métier avant de s’attacher aux questions sociétales et environnementales. Jean-Louis Jourdan a par exemple débuté comme ingénieur à la SNCF, et a ensuite occupé tous les métiers opérationnels. Pour avancer sur le développement durable dans une entreprise, l’appui de la direction est essentiel. Il existe toujours un besoin de rupture dans les domaines de la finance et du marketing. Il faut donc imaginer des valeurs différentes, et le plus difficile est de persuader le directeur financier que le développement durable a du sens.
Guillaume Chocteau signale que le marché de l’emploi dans l’ESS est caché. Ressources Solidaires semble être le seul site d’emploi spécifiquement dédié à ce secteur.
Emmanuel de Lutzel souligne que BNP Paribas reçoit un grand nombre de candidatures dans le secteur de la microfinance. Pour ce type de poste, le savoir-faire (capacités d’analyse de la performance sociale et d’analyse financière) et le savoir-être (l’engagement personnel, les activités de bénévolat, l’engagement citoyen, les voyages, etc.) sont également importants. De fait, la dernière ligne du CV compte beaucoup pour les recruteurs. Pour sa part, Emmanuel de Lutzel a fait des études en sinologie puis à Sciences Po, et s’est aussi beaucoup engagé, par exemple par du bénévolat à l’ADIE. Après de nombreuses années chez BNP, il a proposé à la Direction générale de monter un département de microfinance. Il est possible de changer le monde à partir de son entreprise (voir par exemple les initiatives et partenariats menés par GDF Suez, Danone, Schneider Electric, etc.), et de créer des initiatives de social business en préservant son cœur de métier.

3. Les métiers de l’ESS

A l’occasion d’une édition spéciale de L’Express, Mariana Losada a contribué pour Convergences 2015 à une enquête sur les nouveaux métiers hybrides. Il existe 3 types de métiers : les métiers hybrides en entreprise (métiers classiques avec une dimension sociale ou durable) ; les métiers classiques en ONG et associations ; et les nouveaux métiers de l’ESS. La fibre sociale, ainsi qu’une capacité à dialoguer avec des secteurs différents, sont très importants dans ces métiers.
Isabelle Hennebelle souligne que ces métiers sont de plus en plus présents au cœur des entreprises du CAC 40, où l’expertise professionnelle est utilisée en combinaison avec le développement durable ou la RSE. Pour se réaliser dans les métiers hybrides, il faut de l’altruisme, une volonté de partage, des compétences de base, ainsi qu’une volonté entrepreneuriale. Il faut aussi confronter le regard des autres, les idées reçues. Les grandes tendances de recrutement dans les métiers hybrides sont un parcours classique, un recrutement dans le milieu associatif sur une fiche de poste, et un recrutement par le réseau. Il est important de développer ses compétences par le bénévolat.
Emmanuel de Lutzel ajoute que les individus sont en train de créer leurs propres postes, et que les métiers hybrides se développent de plus en plus. Chez BNP par exemple, des sessions de brainstorming ont été organisées sur le thème de l’entrepreneuriat social et des croisements possibles avec la banque. Il y a donc création de nouvelles activités au sein des métiers classiques.

4. Travailler dans l’ESS : savoir, savoir-faire et savoir-être

Anne-Claire Pache explique que 60 % des diplômés de l’ESSEC se dirigent vers des métiers liés à l’ESS (innovation sociale, associations, mutuelles, coopératives), certains allant jusqu’à monter leur entreprise sociale, et que 40% se dirigent vers l’entreprise classique (20% dans les métiers hybrides - RSE, DD, diversité, 20% en RH). Les parcours sont très variés : un diplômé a par exemple travaillé pour l’AFD, puis pour un cabinet de conseil en stratégie, et est maintenant au ministère des Finances. Pour avoir une carrière hybride, il est important de savoir vendre la richesse et la diversité de son expérience. Commencer sa carrière hybride dans l’ESS, dans le secteur public ou dans une entreprise est une question d’opportunité.
Emmanuel de Lutzel conseille aux jeunes diplômés de se poser trois questions essentielles : Qu’est-ce que je sais faire ? Qu’est-ce que j’aime faire ? Qu’est-ce que je veux faire ? L’aspect financier est aussi important : le parcours en ESS est plus risqué, car il y a plus de précarité. Il faut surtout avoir l’envie de rendre à la société ce qu’on a reçu. Avec une vraie passion et des convictions personnelles très profondes, l’énorme satisfaction et le bonheur qu’on en retire en valent la peine.
Jean-Louis Jourdan considère que, pour construire une carrière hybride, il faut faire confiance au hasard et saisir les opportunités. Il faut également oublier l’esprit de compétition et valoriser davantage la coopération et la collaboration.
Guillaume Chocteau met l’accent sur la différence entre cause et contrat : pour contribuer à une cause, on peut faire du bénévolat ; en revanche, qui dit contrat dit respect de la hiérarchie. Dans l’ESS et le milieu associatif, il y a beaucoup de travail mais pas forcément beaucoup d’emploi, et il existe une grande précarité. Il est important d’en avoir conscience.
Pour les séniors qui souhaitent travailler dans l’ESS, Anne-Claire Pache conseille de commencer par le bénévolat.

5. Les évolutions du secteur

Jean-Louis Jourdan explique qu’une transformation lente est en œuvre au sein de l’ESS et des métiers hybrides. Le changement n’arrivera pas du jour au lendemain, car il s’agit de réinventer les outils de gestion des entreprises, et cela touche au capital immatériel, relationnel, et aux compétences. Il s’agit d’une véritable lutte de pouvoir.
Emmanuel de Lutzel conclut qu’un lent changement de paradigme économique est en cours, et appelle chacun à transmettre le message du Forum mondial Convergences 2015 dans ses organisations et ses cercles professionnels respectifs. Au lieu d’attendre un miracle, chacun doit agir en tant qu’acteur potentiel de changement.

Pour aller plus loin
- AMUE
- Convergences 2015 / L’Express . « Quête de sens au travail. Des métiers en mutation »
- L’Express. Hors-série Ils changent le monde.
- Ressources Solidaires

Intervenants
- Guillaume Chocteau, Délégué général, Ressources Solidaires.
- Jean-Louis Jourdan, Directeur développement durable, SNCF.
- Mariana Losada, Responsable des relations internationales et des partenariats avec les entreprises, AMUE.
- Emmanuel de Lutzel, Responsable microfinance, BNP Paribas.
- Anne-Claire Pache, Professeur titulaire de la chaire philanthropie, ESSEC Business School.
- Modérateur : Isabelle Hennebelle, Chef de la rubrique emploi et Rédactrice en chef des hors-séries, L’Express.
- Rapporteur : Berenika Kramer

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