Triangulation, généralisation de la complémentaire et offensive des employeurs sur le chômage

Editorial de la lettre d’information du 11 janvier 2016

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Publié le lundi 11 janvier 2016

Pourquoi diable parler de "triangulation" ? Sommes nous dans le secteur des GPS (Se positionner à partir de deux points-repères) ? Non non, la triangulation est la stratégie d’un individu ou d’un groupe qui consiste à aller sur les idées de son adversaire pour lui rendre difficile la tâche de les exprimer. Depuis quelques temps, avec l’émergence de l’économie collaborative, je ressentais un peu cette stratégie chez certains... Mélanger allégrement innovation sociale, économie collaborative et économie sociale est devenu une activité à temps complet chez certains journalistes ou relais d’influence. A partir du moment où l’idée est novatrice, pour peu qu’elle soit un peu techno, ripolinée au sociétal et à la RSE, à coup sûr, on la retrouvera sur les étagères de l’économie sociale et solidaire.
Et là, merveille de la triangulation politique, les défenseurs des principes de l’ESS se retrouvent fossilisés quand ils expliquent que, malgré une idée intéressante, ce n’est pas de l’économie sociale et solidaire. La dictature de l’innovant est une plaie dans laquelle l’ESS s’est jeté à corps perdu, sous l’impulsion économique des collectivités territoriales ; tout appel à projets se doit de posséder un volet "innovation" et "RSE"... Et pour postuler, il faut donc sortir les arguments de l’innovation, de la nouveauté et du "RSE friendly".
Conséquence néfaste de la concurrence issue des appels à projets, les défenseurs de la mise en concurrence des acteurs sociaux auraient donc gagné ? Plus de sanctuarisation du social, difficulté à faire reconnaître le plus citoyen de l’ESS, ... Tous devant le panneau des résultats des appels à projets.

Les "Social Impact Bonds" arrivent en France, c’est sûr. Après des difficultés culturelles à faire passer ce système de rémunération du capital investi sur des projets d’innovation sociale, le Ministère a décidé d’y aller. Celui de l’ESS ? Celui des affaires sociales ? Non, celui de l’Economie. Conséquence de la baisse des financements publics ? Modification du rapport aux financements des dispositifs sociaux ? Changement de culture ? En tout cas, ils arrivent et les premiers projets sont en cours sur 2016.
Depuis le 1ier janvier, 400 000 salariés sont de nouveaux accédants à une couverture complémentaire grâce à l’accord national interprofessionnel de 2013. Mais en face, 500 000 retraités ont renoncé à la leur, faute de moyens... N’y aurait il pas quelque chose de contradictoire ? C’est un peu en substance la question que pose Etienne Caniard, Président de la Mutualité Française, quand il parle des "oubliés" de la complémentaire. L’enfer étant pavé de bonnes intentions, ce dispositif qui coûtera 2 milliards à l’Etat (par l’aide apportée) suscite des questionnements qui vont au delà des "laissés pour compte de la généralisation". Les questions pointent leur nez : ne serait on pas en train de basculer tranquillement vers "un" régime obligatoire de santé géré par les assureurs, réduisant le régime obligatoire (original) aux seuls gros risques hospitaliers ?

Le décret sur le droit d’information préalable des salariés en cas de vente de leur entreprise est paru ! Pierre angulaire de la loi sur l’ESS de juillet, c’est aussi le sujet qui a opposé fermement le MEDEF et les différents ministres qui se sont succédés au strapontin de l’ESS. On ne peut que féliciter la détermination du mouvement SCOP, mais également le courage de Martine Pinville.
L’UDES, principal syndicat employeur de l’ESS, a communiqué 8 jours avant les grandes déclarations attendues du Président Hollande sur l’emploi. En effet, le 18 janvier, François Hollande va lui même porter les orientations pour l’emploi devant les partenaires sociaux et la France. Ni Emmanuel Macron, ni Myriam El Khomry n’en seront les porteurs. Et à une semaine, les partenaires sociaux jouent des coudes pour faire passer leurs idées au Président. Si vous lisez régulièrement nos publications, le communiqué de l’UDES n’aura rien d’original car il reprend les différentes positions exprimées par l’organisation. On retiendra cependant 3 idées fortes, au delà des demandes de baisses du coût du travail et de réorientation du CICE : le fléchage principal vers les organismes de moins de 50 salariés, l’appui sur les expérimentations territoriales et la sanctuarisation des dépenses liées aux politiques sociales.

Bonne lecture
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