"C’est avec fierté, et je dois l’avouer beaucoup d’émotion, que j’ai l’immense honneur d’ouvrir notre 51ème congrès confédéral ici au Palais des Congrès du Futuroscope de Poitiers.
A cet instant, je pense à mes prédécesseurs et à tous les militantes et les militants, toutes celles et ceux qui ne sont plus à nos côtés et évidemment à vous toutes et tous, rassemblés si nombreux aujourd’hui qui représentez nos forces vives et surtout notre avenir.
Un grand coup de chapeau aussi à toute l’équipe de l’Union Régionale Poitou Charentes qui nous accueille et n’a pas compté son temps et ses efforts avec l’aide de l’équipe confédérale pour réussir ce grand rendez-vous de notre vie syndicale.
Alors, je fais un voeu aujourd’hui, maintenant dans l’enceinte de ce lieu qui nous prête son toit.
Je souhaite qu’il nous permette de regarder l’avenir de façon confiante et déterminée et qu’il permette aussi de nous y projeter avec toute la force de nos ambitions et de nos convictions partagées.
Mais avant, afin de mieux éclairer nos débats, revenons sur notre histoire récente pour synthétiser notre bilan et me permettre quelques perspectives pour la future équipe qui portera notre projet :
Souvenons-nous, lors de notre 50ème congrès à Strasbourg, à l’aube d’une crise financière économique et sociale très grave et confronté à la loi 2008 visant essentiellement à laminer le paysage syndical.
Nous nous étions donné alors 4 objectifs :
La construction de nouvelles solidarités,
L’emploi,
Le projet professionnel,
Un dialogue social rénové.
Car nous avons toujours appelé de nos voeux un syndicalisme de construction sociale.
Dans un monde en perpétuelle évolution, nous ne voulions pas d’un syndicalisme refermé sur lui-même, ni d’un syndicalisme d’accompagnement restant spectateur des changements de notre société, vécus comme des fatalités.
Car nous avons toujours gardé au plus profond de notre détermination, la volonté d’une démarche authentique de progrès social.
Nombreux sont ceux, surtout de l’extérieur qui m’ont dit que notre congrès à Strasbourg avait peu traité des conséquences de cette loi, dite loi de la représentativité.
Ceux-là n’ont pas mesuré ce que contenaient notre motion d’engagement et le chemin souvent difficile que nous avons parcouru jusqu’à ce jour.
Nous avons construit notre stratégie afin de nous préparer au mieux aux échéances auxquelles cette loi nous contraint et à réagir de façon cohérente à ses obligations.
Ainsi, nous nous sommes soumis aux obligations de transparence financières et nous avons repensé de fond en comble notre organisation pour que l’entreprise, l’établissement, la section syndicale, le militant soit au coeur de notre action.
Il faut permette à notre organisation de redonner du temps aux militants et à l’action syndicale sur le terrain.
Nous ne sommes qu’au début du chemin et la route est encore sinueuse, j’en conviens et vous en conviendrez sans doute aussi. Mais nous ne devrons jamais lâcher sur ce qui est pour nous fondamental, je dirais même vital, quelques soient les futures évolutions.
La seule réponse cohérente dont toute notre histoire témoigne est le développement de chaque personne et le service du bien commun.
Aujourd’hui, nous allons évaluer tout cela avec le rapport d’activité, mais grâce aussi au rapport financier demain matin.
Puis nous évoquerons les pistes pour notre avenir au travers du rapport programme, et des deux rapports qui prolongent notre démarche sur notre organisation et la représentativité.
L’enjeu est de taille, vous le savez toutes et tous, et seuls nous-mêmes en détenons la réponse, je veux dire la réponse véritable au fond de nos coeurs et de nos énergies.
Que voulons-nous pour la CFTC de demain ? Comment comptons-nous résister, innover, convaincre ? Comment ferons-nous face aux enjeux terribles qui font déjà d’innombrables dégâts économiques et sociaux à travers le monde et dans notre pays ? Comment comptons-nous contribuer à la société future qui sortira de ces bouleversements ? Comment pourrons-nous encore mieux servir les salariés ? Comment parviendrons-nous à être dignes de notre longue histoire ?
Et, allons encore un peu plus loin : nous donnons nous tous les moyens pour être encore présents demain et peser dans le paysage social, plus nombreux, plus forts, plus solidaires et plus clairvoyants ?
Élève besogneux, je n’ai jamais aimé les leçons et encore moins en donner. Donc, à l’aube de mon départ, je ne dérogerais pas à la règle que je me suis fixé.
Mais vous en conviendrez, notre avenir dépendra des réponses que nous apporterons à ces simples questions.
Ces réponses sont évidemment dans les solutions concrètes que nous élaborerons à propos, par exemple, de la gouvernance, de la régulation sociale, de la redistribution, du dialogue social et de la contribution des organisations à son agenda.
Je me rappelle pour mémoire nos propositions concernant la création d’un Comité Paritaire Permanent du Dialogue Social, la sécurisation professionnel de l’emploi des conditions d’emploi et du parcours professionnel, la conciliation des temps de vie professionnelle, familiale, privée, la lutte acharnée contre la précarité et notamment celles des jeunes ainsi que l’indispensable soutien sans faille des plus fragilisés. Elle doit être renforcée par le nécessaire accompagnement social qui en découle, en cette période de crise si destructrice de valeurs dans tous les sens du terme.
Ces propositions sont inscrites dans le fil de la réforme de l’entreprise, de la participation – et qui place l’homme au centre de la production et dans ces options qui guident notre action : Rester nous-mêmes et coopérer ; Pouvoir s’opposer mais toujours proposer.
Tout cela dans une démarche originale inspirée des valeurs sociales chrétiennes. Ces mêmes références qui nous appellent et nous amènent à chercher nos réponses dans ce besoin de sens qui nous fait tant défaut et que nous désirons recréer aujourd’hui.
Car la démarche de la CFTC, notre démarche, à toujours été une démarche engagée.
Vous l’avez constaté sur toutes nos affiches et nos supports, notre 51ème congrès a pour thématique, trois mots : Résister, innover, convaincre ! Résister : c’est refuser de dictat de l’économie financiarisée ; Celle qui nous chante tous les matins la même rengaine et qui nous fredonne que nous ne pouvons pas résister. Rendez-vous, vous êtes cernés ! Vous devez vous soumettre aux voies qui s’imposent comme les seuls possibles. Celles d’un modèle matérialiste sans foi ni loi, cupide, égoïste et aliénant, injuste et forcément sans âme.
C’est pourquoi, nous devons construire et contribuer à offrir l’alternative d’un modèle de développement humain et durable c’est-a-dire au service des Hommes et de tous les hommes – et au nom leur dignité sacrée celui du bien commun des femmes et des hommes. De tous les hommes, sans discrimination de races, de conditions, de religions et d’origines sociales au nom justement du sens : redonner ce fameux sens à l’économie, à l’entreprise, au travail, au projet personnel et collectif de notre vie, et des différentes solidarités au service des personnes
Innover : C’est être neuf, créer un syndicalisme de notre époque. Changer pour un syndicalisme véritablement responsable et en responsabilité, acteur au côté et au plus près des personnes, à leur écoute. Un syndicalisme qui leur permette d’avoir Pouvoir sur notre vie et notre projet professionnels dans un meilleur accompagnement.
Innover : C’est changer l’entreprise actuelle pour une entreprise dont la finalité serait toujours sociale et les profits contribueraient aussi à servir ceux de la communauté des personnes devenus actrices et acteurs de leur vie.
Innover c’est rénover notre pacte social sans en dénaturer l’esprit basé sur le juste partage des ressources et des richesses et la solidarité entre tous.
La CFTC en innovant répondra aux attentes des salariés en ayant des propositions qui correspondent véritablement à leurs différentes réalités.
Lutter pour une traçabilité sociale efficace qui améliorerait la vie de milliards d’êtres humains, promouvoir un comité permanent instrument d’un véritable dialogue social, harmoniser enfin la conciliation des temps, instituer une véritable régulation sociale où l’Homme devient l’acteur principal et contribue à une Europe véritablement sociale rénovée des peuples et des cultures et non à celle de la finance et des marchés.
Innover : C’est apporter des réponses aux questions qui se posent à notre temps.
Convaincre : enfin, c’est prouver chaque jour que l’épanouissement personnel n’est pas une utopie.
Convaincre, c’est réunir, partager, faire partager, oeuvrer pour que chaque projet soit au service de tous et pour tous, face à la productivité érigée en dogme.
Respect, solidarités nouvelles, justice, fraternité, dignité : il faut faire vivre ces mots afin qu’ils ne soient jamais plus vidés de leur sens. Osons toujours, soyons convaincus, sachons convaincre et nous gagnerons mes amis. C’est donc, serein et plein d’espérance que je nous regarde, non sans lucidité aussi face à l’adversité.
Je conçois aussi qu’il y a à redire sur nos attitudes et sur nos fragilités mais que cela est largement contrebalancé par les nombreuses occasions où votre courage, votre conviction et votre détermination sans faille bravent tous les jours cette adversité.
Vous prouvez à chaque fois votre engagement pour nos valeurs, pour le 2ème « C de Chrétiens », celui de la spécificité de la CFTC dans le paysage syndical : l’attention portée à la personne et à la plus fragile d’entres elles. C’est cette ambition qui nous réunit au-delà de notre diversité, celle qui défend contre vent et marée le bien commun.
Adressons nous aux jeunes, permettons leur l’initiative. Car s’ouvrir aux autres, c’est d’abord s’ouvrir à l’avenir et donc à ceux qui y contribueront et le construiront solidairement.
Je suis sûr que la CFTC représente notre idéal, votre idéal.
C’est notre façon de changer ce qui ne nous convient pas, et elle nous donne les moyens de notre combat.
Il n’est richesse que de l’homme. C’est la formule que je retiendrais pour conclure.
Elle m’a toujours accompagné. Je vous la livre.
Bon congrès et longue vie à notre CFTC !
Je déclare ouvert le 51ème Congrès de la CFTC"
Discours d’ouverture de Jacques Voisin - Mardi 15 novembre
